Dici au mois d'août, les différents départements à Berne doivent remettre leur copie au Conseil fédéral concernant l'application de sa stratégie adoptée en février pour une «Société de l'information en Suisse». Vaste programme, s'il en est, qui devrait déboucher en priorité sur une grande campagne de formation et de perfectionnement à tous les échelons professionnels. Il y a quelques jours, l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFPT) donnait son point de vue sur cette question essentielle pour les entreprises: «aujourd'hui, il ne s'agit pas de répartir une même charge de travail sur le plus grand nombre possible de personnes, expose Beat Hotz-Hart de l'OFPT, mais bien d'assurer les emplois, voire en créer de nouveaux, grâce à la conquête de nouveaux marchés». Et cela passe nécessairement par l'innovation. Pour Beat Hotz-Hart le programme d'action CIM, tout comme Microswiss, représentent d'excellents exemples d'une évolution indispensable au monde professionnel. L'évaluation de ces deux actions, réalisées par l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich, a bien montré que les entreprises engagées dans de tels processus éprouvent rapidement des besoins supplémentaires en personnel qualifié. Christoph Meyer, responsable du Centre CIM de Suisse Occidentale ne dit pas autre chose: «Globalement, nous sommes confrontés à un seul défi, celui des compétences. Car l'argent suit immanquablement les compétences.» Les entreprises qui sont engagées dans un processus les menant de la mécanique à l'électronique doivent faire un pas de plus vers l'informatisation de leurs méthodes de production. En d'autres termes, pour Christoph Meyer, «elles font face aujourd'hui au problème de financement des équipes informatiques nécessaires à leur développement. Dans ce contexte, il est indispensable de considérer un bilan de compétences pour assurer un programme de formation adéquat. Tout l'avenir est là, dans la gestion des ressources humaines.»

Espoirs et préoccupations

Cette question préoccupe la conseillère nationale Agnes Weber depuis quelque temps déjà. Dans son interpellation au Conseil fédéral de mars dernier, elle ne manquait pas de faire les remarques suivantes: «la Suisse manque de main-d'œuvre qualifiée et hautement qualifiée. Selon les chiffres de l'Office fédéral du développement économique et de l'emploi ainsi que de la société de placement de personnel Computer Brainware Advisors, quelque 10 000 à 12 000 informaticiens font défaut en Suisse. D'un point de vue économique, ce manque est tout aussi intolérable que le chômage des jeunes.» Et d'ajouter aujourd'hui: «On ne peut pas rester sans rien faire alors que le marché ne fonctionne pas. Nous avons, d'un côté, de nombreux candidats pour une filière informatique et, de l'autre, un manque de postes. Comment comprendre alors la pénurie de compétences?» La réponse du Conseil fédéral a pleinement satisfait Agnes Weber. Il s'est engagé à convaincre les milieux économiques de la nécessité de créer de nouveaux postes d'apprentissage dans cette branche et à mettre en place des formations scolaires d'une année à plein temps. Plus globalement, c'est sa stratégie pour une société de l'information en Suisse qui est citée: «Il est vrai, notre pays dispose d'excellentes infrastructures d'informatique et de communications. En tant que grands consommateurs d'informatique, nous bénéficions de conditions matérielles idéales pour nous lancer sur la voie de la société informatisée. La possibilité d'y apparaître comme offreur compétitif de produits et services informatiques constitue une chance inestimable! De gros efforts sont cependant nécessaires pour saisir cette chance à temps. En effet, le portefeuille global de notre pays en matière d'informatique et de logiciels demeure insuffisant.» Le Conseil fédéral place de gros espoirs sur ces nouvelles technologies d'information et de communication, susceptibles de renforcer l'attrait de la place économique suisse et le cadre de vie du pays. Un groupe de coordination a été mis sur pied pour canaliser ces efforts décentralisés qui touchent l'ensemble des départements fédéraux: «Il y a beaucoup à faire explique Peter Fischer, directeur suppléant de l'Office fédéral de la communication et président du comité de coordination. Car le concept de société de l'information touche des domaines aussi vastes que la place économique suisse, le commerce électronique, la formation tant au niveau cantonal, communal que fédéral, l'administration elle-même, sans oublier la culture ou le libre accès à l'information au sens large. Pour l'instant, la démarche peut paraître très abstraite. Mais nous sommes actuellement en train de préciser le programme d'actions que nous allons présenter au Conseil fédéral. Et celui-ci sera ambitieux, à la mesure des défis lancés par la société de l'information.» Etant donné l'état des finances fédérales, les quelque 30 à 40 offices fédéraux concernés devront se débrouiller avec les budgets ordinaires alloués à leur fonctionnement pour dégager ces nouvelles pistes. Peter Fischer assure pourtant avoir suffisamment de moyens à disposition pour réaliser cette «stratégie prioritaire» du Conseil fédéral.