Le ralentissement de la croissance chinoise ne surprend plus personne. Lundi, Pékin a publié une hausse de 6,9% du produit intérieur brut (PIB) au troisième trimestre de cette année; soit la plus faible progression depuis 2009. Néanmoins, les analystes se sont montrés déçus en bien car ils s’attendaient à 6,8%. Ce dixième de point de différence fait croire, comme à ceux de la banque Safra Sarasin, que «les craintes d’un atterrissage en catastrophe sont exagérées».

«Outre l’industrie, en surcapacité, le secteur de la construction a contribué au ralentissement ce troisième trimestre», décrypte Homin Lee, spécialiste de l’Asie chez Lombard Odier à Hongkong. Pour l’analyste, «la bonne nouvelle vient de la consommation, qui ne fléchit pas. Elle tient notamment parce que les perspectives de revenu restent bonnes pour les Chinois. Certes, le marché de l’emploi faiblit, mais il reste solide.»

Pour la consommation, la Chine se rapproche des pays occidentaux

Désormais, la consommation compte pour 58,4% du PIB, soit 9,3 points de pourcentage de plus qu’il y a un an, a détaillé hier le Bureau national de la statistique. Ce niveau rapproche la Chine des pays occidentaux, où les dépenses des ménages comptent pour 70 à 80% du PIB. Le bureau utilise par ailleurs une nouvelle méthodologie, annoncée proche des standards occidentaux. Elle pourrait rendre les chiffres moins sujets à manipulation politique.

Autre preuve de l’évolution de la Chine vers une économie de service, les grandes chaînes d’hôtels ont récemment annoncé de nouveaux programmes de développement. D’ici à cinq ans, InterContinental, par exemple, envisage de doubler le nombre de ses hôtels, actuellement 205 pour 58 600 chambres.

L’industrie, qui a longtemps porté la croissance de l’usine du monde, ne croît plus qu’au rythme de 6% (8,4% pour le tertiaire). Au nord du pays, beaucoup d’usines sont à l’arrêt. Au Sud, la hausse des salaires a poussé certains groupes à délocaliser leur site de production vers d’autres pays de la région, comme le Vietnam.

La Chine peut créer chaque la richissime produite en Suisse

Dans son communiqué, le Bureau de la statistique rend aussi la conjoncture internationale, «plus faible que prévue», responsable de la décélération. Malgré tout, il estime que les «mesures scientifiques» prises permettent à la deuxième puissance économique du monde de rester «stable» et de progresser «dans la bonne direction». Dans un article publié hier matin, le quotidien China Daily, contrôlé par Pékin, faisait remarquer que même si la croissance tombait à 6,5%, la Chine créerait chaque année une richesse égale à celle que valait son PIB en 1994, ou à ce que vaut la richesse produite annuellement en Suisse.

Les chiffres du commerce extérieur publiés hier rappellent en revanche que la Chine n’est plus un aussi bon client. Ses importations affichent un recul de 15,1% sur les trois premiers trimestres de l’année. Pour la Suisse, Hongkong et Pékin constituent à eux deux un client plus important que la France ou l’Italie. Le mois dernier, les douanes suisses ont annoncé un effondrement en août de 30% des exportations vers la Chine, en partie imputable à la catastrophe de Tianjin, un des ports les plus importants du pays. Cependant, entre janvier et août les exportations n’ont reculé que de 3%. Hongkong, frappé par la crise horlogère, fait exception (-16,4%).

Réunion cruciale à la fin du mois

Pour la suite, tous les regards se tournent vers les responsables du treizième plan quinquennal, qui se réunissent à la fin du mois. «Nous nous attendons à ce que l’objectif de croissance soit abaissé à 6,5%, voire 6%, observe Homin Lee. C’est un sujet très sensible politiquement. Plus l’objectif sera bas, moins le gouvernement aura besoin, pour l’atteindre, de recourir à des mesures de soutien massif pouvant à terme accroître les distorsions et les risques macroéconomiques.»

De ce plan dépend aussi la réforme des «zombies», comme Pékin qualifie ces sociétés en mains publiques, mais déficitaires. Plusieurs fois, le gouvernement central a annoncé vouloir les fermer. Comme beaucoup, Homin Lee se dit «déçu». Ces zombies «continuent de bénéficier des garanties de l’Etat, ce qui freine leur nécessaire modernisation, explique-t-il. Au début des années 1990, de telles réformes avaient permis de libérer du capital et de l’énergie, alimentant la croissance.»

En attendant, «de nouvelles baisses de taux d’intérêt vont sans doute se produire, mais la politique monétaire ne peut pas tout, avertit l’économiste de Lombard Odier. La mise en place d’un soutien budgétaire, comme annoncé, sera aussi bienvenue.» De son côté, la bourse de Shanghai semble s’être stabilisée après sa chute de l’été, fait enfin remarquer Homin Lee.