Conjoncture

Le consommateur soutient la croissance, mais pour combien de temps?

Dans un contexte de ralentissement mondial, l’économie helvétique résiste. Mais la consommation privée, dernier bastion de la croissance, montre des signes de faiblesse

Elle évoque une tour de Pise: prête à s’effondrer, elle résiste. L’économie helvétique fléchit; tant le Seco que Credit Suisse ont revu leurs pronostics à la baisse mardi, en raison notamment d’un ralentissement conjoncturel mondial. Mais elle devrait échapper à la récession, selon eux. En particulier grâce au consommateur, dont les dépenses continuent à croître et qui, face à une industrie affectée par un contexte commercial dégradé, apparaît désormais comme l’ultime pilier de la croissance.

Le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) table sur une croissance de 0,8% du produit intérieur brut (PIB) pour cette année, tandis que la grande banque se montre même un peu plus optimiste avec une progression de 1,1%.

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«Le taux de chômage demeure à un niveau très bas, favorisant la croissance de la consommation privée», a souligné devant la presse à Lausanne Maxime Botteron, économiste auprès de la grande banque. Avec une hausse de 1%, qualifiée de «modeste», elle demeure cependant positive, a-t-il souligné. En témoignent, selon lui, un léger rebond des chiffres d’affaires du commerce de détail au deuxième trimestre ainsi qu’une hausse des nuitées hôtelières de clients suisses cet été.

Impulsions dans la construction

Le numéro deux bancaire helvétique s’attend également à des impulsions positives dans le secteur de la construction, en raison des taux d’intérêt historiquement bas qui favorisent les investissements dans l’immobilier. Mais ces attentes pourraient être contrecarrées par la hausse du taux de logements vacants. Le Seco se montre d’ailleurs plus prudent, en raison de cette suroffre déjà perceptible dans plusieurs régions et du recul du nombre de permis de construire, qui «laissent entrevoir une certaine saturation du marché».

La hausse de la consommation privée semble en fait essentiellement portée par les dépenses dans «la santé et l’habitat», écrivent les économistes de Credit Suisse. Soit les frais médicaux et primes maladie, respectivement les loyers et intérêts hypothécaires.

Dépenses forcées

Autrement dit des charges dans les budgets des ménages. «Ce sont certes des dépenses que l’on dit forcées, dans le jargon, mais elles sont une forme de consommation, contribuant à alimenter l’économie», commente Cédric Tille, professeur d’économie à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) à Genève. Il n’exclut pas que ces charges affaiblissent à terme le consommateur, «si le sentiment d’incertitude généré par la guerre commerciale venait à freiner davantage les dépenses dans le secteur des services».

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Si le secteur des services semble pour l'heure préservé, celui de l'industrie ressent déjà les effets du ralentissement. Les entreprises du secteur des métaux et des machines, plus sensibles à la conjoncture, sont en effet affectées de plein fouet par les difficultés de leur principal partenaire commercial qu’est l’Allemagne. Le groupe d’experts de la Confédération constate déjà une baisse de l’utilisation des capacités de production et des entrées de commandes.

Prendre le relais des banques centrales

A ces difficultés s’ajoute le renforcement du franc, lié aux politiques accommodantes des banques centrales, qui renchérit les exportations en zone euro où vont les deux tiers de leurs marchandises. De quoi affaiblir davantage le secteur des machines, équipements électriques et métaux (MEM), premier employeur du pays avec 320 000 équivalents plein-temps, ce qui, de fait, menacerait la stabilité sur le marché de l’emploi, dont bénéficie pour l’heure la consommation intérieure. «Les interventions de la Banque nationale suisse sur les marchés des changes se sont avérées efficaces pour contenir le cours du franc-euro», selon Maxime Botteron.

Reste que la marge de manœuvre des banques centrales s’épuise, nuance Cédric Tille. Il en appelle à des mesures de relance, «en Suisse, en particulier, nous avons un Etat qui avec de tels niveaux d’excédents budgétaires pourrait se permettre de dépenser davantage pour soutenir l’économie. Que ce soit à travers des dépenses dans les infrastructures, ou des coupes d’impôts», avance Cédric Tille.

Des propos qui font écho à ceux, répétés, de la patronne du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, et de Mario Draghi, dont elle prendra le relais début octobre à la tête de la Banque centrale européenne (BCE).

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Au risque, dans le cas contraire, d’affaiblir davantage le pilier de l’édifice, qui penche plus que jamais.

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