Les cours du brut ont évolué lundi autour de 50 dollars le baril à Londres et de 55 dollars à New York, en légère baisse par rapport à vendredi, mais en hausse de 70% depuis janvier. Les inquiétudes au sujet de l'approvisionnement du brut, les stocks américains inférieurs de 15% par rapport à la normale saisonnière ainsi que les incertitudes géopolitiques maintiennent le marché sous pression. En Suisse, les consommateurs commencent à ressentir les conséquences même si ce n'est pas encore la grosse panique. A l'approche de l'hiver, la hausse se fait sentir surtout au niveau du mazout. Tour d'horizon des secteurs concernés.

L'essence: 20 centimes de plus par litre

Suivant les cours mondiaux du pétrole, le prix du sans plomb et du diesel est en hausse depuis le début de l'année en Suisse. D'environ 20 centimes le litre dans les deux cas. Selon Kurt Ruegg, porte-parole de l'Union pétrolière (UP), l'organisation faîtière de distributeurs de produits pétroliers, le marché international reste nerveux et rien n'indique que les prix vont baisser ces prochaines semaines.

L'augmentation du prix n'a pas eu de conséquence directe sur la consommation d'essence. Kurt Ruegg explique que la voiture est indispensable pour beaucoup de gens. L'automobiliste suisse moyen parcourt 15 000 km par année et payera entre 200 et 300 francs supplémentaires par rapport à 2003. Pour Noëlle Petitdemange, porte-parole de l'Association transport et environnement, les automobilistes s'adaptent sans trop de difficultés puisque la hausse est graduelle, comme pour la cigarette. «Il faut un choc brutal, un doublement du prix d'un coup par exemple, pour provoquer un changement de comportement», estime-t-elle.

Il n'empêche que certains automobilistes commencent à être sensibles au prix et tentent de trouver les stations d'essence qui cassent les prix. «Je profite de faire le plein quand je suis à Neuchâtel», raconte Fabrice. Dimanche, le litre du sans plomb 95 coûtait 1,41 franc à Peseux, tout proche de la raffinerie de Cressier, à Neuchâtel.

Mazout: approvisionnement partiel

C'est l'automne et la saison de réapprovisionnement. Mais selon l'UP, la demande pour le mazout de chauffage est particulièrement faible ces jours. De nombreux propriétaires de villas ou les régies d'immeubles n'achètent qu'une partie de leurs besoins, en espérant qu'une baisse de prix intervienne ces prochaines semaines. En effet, le prix est passé de 43.50 francs en septembre 2003 contre 53.20 francs par 100 litres pour un achat entre 3000 et 6000 litres.

Kérosène: Swiss a majoré les prix des billets

La compagnie nationale a introduit une hausse de 3% sur tous les billets à partir du 20 mai. Deux nouvelles augmentations sont intervenues depuis, en septembre, puis en octobre. Elle Steinbrecher, porte-parole de Swiss, estime que l'impact sur les voyageurs est probablement minime. «Toutes les autres compagnies d'aviation, comme Swiss, doivent faire face à l'augmentation du prix de kérosène», déclare-t-elle

Gaz: augmentation imminente

Les prix du gaz sont restés sages pour le moment en Suisse, mais cela ne va pas durer. «Selon les distributeurs, les tarifs vont être révisés à la hausse de 10% à 16% en novembre ou en janvier», déclare Philippe Petitpierre, le directeur général de la Compagnie industrielle et commerciale du gaz à Vevey. Le renchérissement du pétrole est à l'origine de cette adaptation. En effet, les contrats à 15 ou à 20 ans passés entre la Suisse et les pays fournisseurs, dont la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et l'Allemagne, prévoient des révisions périodiques de prix en fonction de différentes variables, dont le pétrole, le cours des devises et l'inflation. Conséquence de ce mécanisme, le prix du gaz suit avec un retard de trois à neuf mois les tendances sur le marché de l'or noir. «Le pétrole n'étant qu'une variable parmi d'autres, la relation est moins que proportionnelle», complète Philippe Petitpierre.

Electricité: stabilité jusqu'à nouvel ordre

«Nous ne préparons aucune hausse de tarif», assure Robert Völki, le responsable de l'approvisionnement électrique des SIG à Genève. La stabilité des prix prévaut également chez Romande Energie à Lausanne, selon un responsable de la société. «La flambée du pétrole a entraîné une hausse de 15% du courant depuis un an sur le marché libéralisé d'Europe continentale, mais elle ne devrait pas être répercutée en Suisse», affirme un négociant en électricité chez EOS à Lausanne. Il avance deux explications: «Les électriciens suisses utilisent essentiellement du courant hydraulique ou nucléaire qui ne dépend pas du prix du pétrole; ils pratiquent des tarifs suffisamment élevés pour ne pas être tentés par des hausses opportunistes.»