A Iztapalapa, quartier populaire de Mexico, le magasin Elektra ne désemplit jamais. Les familles déambulent entre les télévisions, les chaînes stéréo ou les meubles massifs, qui affichent des prix trois ou quatre fois plus élevés que leur salaire mensuel. Qu'importe. Pour leur accorder un crédit, Rodrigo, gérant de la banque installée au sein même du magasin, ne leur demandera qu'une preuve de domicile et une carte d'identité. «Pas de feuille de paie, explique-t-il, car la plupart des gens ici n'ont pas de travail formel. Notre façon de vérifier la solvabilité du client, poursuit-il, c'est d'envoyer chez lui dans les 24 heures un enquêteur qui évaluera son revenu, décidera du taux d'intérêt... et récupérera la dette.»

Prêter aux plus pauvres

Une méthode expéditive, mais qui a changé la vie de nombreux Mexicains. Jusqu'à une époque très récente, acheter à crédit ou obtenir une carte bancaire était en effet un privilège réservé à un tiers de la population, le plus aisé. Le groupe Elektra, qui a obtenu en 2002 l'autorisation de créer ses propres banques à l'intérieur de ses magasins, a été le premier à s'intéresser aux 70% restants, le marché des pauvres et de la classe moyenne. «Notre taux d'impayés n'est pas plus élevé qu'ailleurs et les gens sont très reconnaissants de la confiance qu'on leur accorde. C'est un marché aussi noble et rentable que les autres», assure Rodrigo.

La meilleure preuve, c'est que les 1400 succursales d'Elektra et de leurs banques Azteca ne sont plus les seules à y prospérer. Les autres banques mexicaines rivalisent aujourd'hui de publicité sur leur carte bancaire «en trente minutes» ou leur crédit «sans conditions de revenus». Wal-Mart, le géant américain de la distribution, a également obtenu au Mexique ce que les Etats-Unis lui ont refusé: l'autorisation d'ouvrir des banques dans les 980 succursales qu'il compte dans le pays. Une véritable bataille de l'offre qui a fait exploser les statistiques: depuis 2002, le nombre de cartes bancaires a triplé pour atteindre 25 millions; le crédit à la consommation, qui ne représentait en 2000 que 1% du PIB, a atteint 7,3% en 2006.

Même si la part du crédit au Mexique n'est pas comparable à celle qu'affichent les Etats-Unis ou d'autres pays latino-américains, Marco Antonio Carrera, directeur à la Commission nationale pour la protection et la défense des usagers des services financiers (Condusef), affirme qu'il est devenu urgent de protéger des consommateurs souvent peu informés sur les conditions et les contraintes d'un crédit: «Le Mexique est un pays dans lequel 25% de la population active travaille dans le secteur informel, avec des problèmes de pouvoir d'achat, un emploi instable... Les risques de surendettement sont plus importants qu'ailleurs.» Un risque d'autant plus grand que le taux d'intérêt moyen du crédit - 36% - est très élevé: selon la banque centrale du Mexique, la dette non remboursée a atteint 7% du montant total des prêts.

Plus de transparence

«Pour des crédits à long terme, le consommateur peut payer jusqu'à quatre fois la somme prêtée», avertit Marco Antonio Carrera. Pour tenter de réguler les abus, de plus en plus dénoncés dans les bureaux de la Condusef, les députés mexicains ont voté une loi de transparence des services financiers qui imposera notamment l'indication sur les étiquettes du prix final d'acquisition, la normalisation des contrats, et une souplesse plus grande de la résiliation des cartes de crédit. L'entrée en vigueur de ces mesures - les premières du genre au Mexique - est prévue le 14 décembre.