La pandémie actuelle souligne à quel point le monde dépend de l’électricité. Des millions de personnes, confinées chez elles, font du télétravail, communiquent par le biais d’un téléphone, achètent en ligne, s’endorment devant Netflix. Nos frigidaires, machines à laver tournent à l’électricité, tout comme les appareils d’assistance respiratoire et de diagnostic, dans les hôpitaux. Ces dernières semaines, la demande en électricité a pourtant chuté. De 10 à 30%, selon les régions en moyenne en Suisse.

Les chiffres émanent de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), qui a mené un sondage informel auprès de 25 entreprises du secteur, a appris Le Temps. La hausse de la consommation des ménages ne compense pas le ralentissement du côté des services et de l’industrie, en temps normal plus gourmands en électricité.

La baisse est plus importante dans les milieux urbains et industriels, où se concentrent les entreprises à l’arrêt, qu’en zones rurales. Les traditionnels pics de consommation de la mi-journée se sont déplacés en soirée.

Chute de moitié à Zermatt

A Genève, les SIG font état d’une chute de 18 à 20% depuis le 16 mars. «On note une baisse de 15 à 20% et les prix de l’électricité suivent la même tendance», indique Patrick Bertschy, le directeur des réseaux de Romande Energie. A Zermatt, la demande a baissé de moitié du jour au lendemain, quand les remonte-pentes ont été fermés, selon nos informations.

La tendance est similaire dans les pays voisins. Dans les Etats où l’industrie accapare une grosse part de l’électricité, comme l’Allemagne et l’Italie, la chute est encore plus forte. En Suisse en 2018, les ménages représentaient un tiers de la consommation en électricité, les services 27%, l’industrie 30% et les transports 8%, selon l’Office fédéral de la statistique.

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La baisse est-elle due à la pandémie? «Pas seulement: en Suisse, la météo clémente cet hiver semble avoir joué un rôle tout aussi important», selon Marianne Zünd, responsable de la communication de l’OFEN.

Le réseau suisse est fiable, selon les experts que nous avons contactés. «Les appareils de protection contrôlent en permanence les valeurs que sont la fréquence, la tension et le courant. Si elles dépassent les seuils admissibles, ça peut générer un déclenchement, mais actuellement ces constantes sont très bonnes, indique Patrick Bertschy. Face à la pandémie, les distributeurs romands ont renforcé leur collaboration pour mieux s’entraider en cas de besoin.» Le secteur n’est pas à l’abri d’un manque de main-d’œuvre, s’il devait y avoir trop de malades, ou de matériel, vu que les chaînes logistiques sont sous pression.

Industrie sereine

«La situation ne représente aucun danger car il ne s’agit pas d’une baisse soudaine et imprévisible», selon Sandro Pfammatter, porte-parole de l’Association des entreprises électriques suisses. «La gestion du réseau de transport de l’électricité s’effectue de manière sûre et stable et Swissgrid est en contact étroit avec les différents gestionnaires de réseau de transport européens», souligne la porte-parole de Swissgrid. Cette société s’occupe du réseau de transport national d’électricité des centrales aux centres de consommation.

Disposer d’électricité ne doit pas être considéré comme un acquis, estime toutefois le directeur de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, dans un billet. Dans certains pays, la baisse de la demande a augmenté la part d’électricité issue du photovoltaïque ou de l’éolien, des sources renouvelables mais aussi instables. Sans vent ou de nuit, les centrales traditionnelles prennent le relais, ce qui peut créer des tensions voire des pannes. «Des développements aussi extraordinaires que le verrouillage de pays entiers créent de nouveaux tests pour les opérateurs», écrit Fatih Birol.

En Suisse, les principales pannes ces dernières années sont survenues suite à des tempêtes, qui ont fait tomber des lignes, ou dans le cas d’hivers glacés. Lothar, en 1999, avait coupé certains villages du réseau pendant une semaine. En 2018, 74% de l’électricité consommée en Suisse venaient de sources renouvelables, surtout de barrages, selon l’OFEN. La part du nucléaire s’élevait à 17% et celle des déchets et de l’énergie fossiles avoisinait les 3%.