Contre toute attente, la dépréciation du franc n'a pas réduit l'écart de prix entre les paniers de la ménagère suisse et français. Un lot de 30 produits de consommation courante était 21% meilleur marché en France en 2003. Il est désormais 24% moins cher, d'après des relevés de prix réalisés mi-mai dans des supermarchés Migros et Carrefour des deux côtés de la frontière.

Malgré les prix attractifs de l'eau minérale en Suisse (30% moins chère), des pâtes (-37%) et des fraises (-20%), les magasins français l'emportent sur une majorité de produits comme le beurre (52% moins cher) ou la viande de dinde (-35%). «L'intensification de la concurrence a été plus prononcée en France. Elle a plus que compensé les effets de taux de change», explique Claude Deffaugt, directeur général de Migros France. Les consommateurs qui perçoivent un renchérissement des prix en France depuis l'introduction de l'euro - ils sont nombreux - seraient victimes d'une illusion monétaire: «Beaucoup de gens ne se sont pas remis de devoir changer leurs francs suisses contre une quantité moindre d'euros», affirme Claude Deffaugt.

L'eau est facturée 150% de plus en France

Esther qui a quitté Meyrin pour le pays de Gex il y a un an confirme: «Depuis que nous habitons en France, mon compte bancaire est un peu plus fourni à la fin du mois, mais pas de beaucoup», déclare-t-elle. Depuis qu'elle traverse la frontière tous les jours, elle est devenue une experte en prix. En France, elle achète la viande et les produits ménagers; en Suisse, elle continue de se fournir en charcuterie, pain et épices. Elle va chercher son lait chez les discounters français, «imbattables», selon elle. Les meubles, les vêtements et les gros équipements sont plutôt ramenés de Suisse. En revanche, il lui a été impossible d'échapper aux tarifs prohibitifs de l'eau du robinet fournie par une société privée: 3,23 francs par mètre cube contre 1,29 franc selon le tarif des Services industriels de Genève (SIG).

Esther, enfin, a réduit son budget automobile. Une Volkswagen Golf est vendue le même prix en France (TVA à 19,6%) et en Suisse (TVA à 7,6%). Un conducteur expérimenté paiera néanmoins une assurance de base environ 60% plus cher en Suisse chez Axa Winterthur, que chez Axa France. En outre, il lui faudra débourser quelques centaines de francs chaque année pour ses plaques d'immatriculation suisses.