Les années 90 ont été florissantes, mais pas pour tout le monde. Durant cette période, alors que la majeure partie de la planète connaissait une certaine prospérité, 54 pays enregistraient dans le même temps un recul de leur revenu. La plupart d'entre eux étaient d'Afrique subsaharienne. C'est le constat que dresse le rapport sur le développement humain 2003 rendu public mardi par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). «A ce rythme, les objectifs du millénaire pour le développement fixés par l'ONU (Organisation des nations unies) lors de son assemblée générale spéciale il y a trois ans ne seront pas atteints», met en garde Sakiko Fukuda-Parr, coordinatrice de cet état des lieux planétaire.

Le PNUD ne cache pas sa perplexité face à cette situation de non-développement. Dans les années 80, l'ONU et les institutions financières internationales ont mis en place des programmes d'ajustement structurel pour combattre la pauvreté. En vain. Après la chute du communisme, le pluralisme politique et le libéralisme économique étaient recommandés. Ensuite, les experts ont misé sur la guerre contre la corruption, la bonne gouvernance et la participation populaire comme catalyseurs de développement. «Tous ces facteurs ont provoqué des changements économiques et sociaux, souligne Sakiko Fukada-Parr, mais un certain nombre de pays ne parviennent toujours pas à décoller.»

C'est dans ce contexte que le PNUD appelle la communauté internationale à assumer sa responsabilité si elle veut atteindre les objectifs du millénaire. «L'objectif visant à réduire de moitié d'ici à 2015 le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour pourrait être atteint, déclare la responsable du PNUD, grâce à la croissance économique en Chine et en Inde.» Quelque 150 millions de Chinois seraient effectivement sortis de la pauvreté durant ces dix dernières années, suite à l'intégration de la Chine dans l'économie mondiale.

Dès lors, l'agence onusienne prône le modèle chinois ou indien pour les pays pauvres, qu'elles appellent à libéraliser leur économie pour attirer des investissements afin d'encourager leur décollage. Aux pays riches, l'organisation onusienne demande d'ouvrir leur marché, d'annuler les dettes des pays les plus pauvres et enfin d'augmenter considérablement l'aide au développement. Sur ce point, Sakiko Fukuda-Parr reconnaît que ces recettes ont été prescrites depuis belle lurette et les premiers concernés, c'est-à-dire les pays donateurs traditionnels, n'entendent pas passer aux actes. D'autant plus qu'ils traversent eux-mêmes une mauvaise conjoncture. Le PNUD fait remarquer que les subventions agricoles en Europe et aux Etats-Unis sont six fois supérieures à l'aide internationale au développement. Par exemple, les subventions accordées par vache laitière sont plus importantes que l'aide par habitant en Afrique subsaharienne.

Le sida, vecteur de déchéance

Comme chaque année dans son rapport, le PNUD a calculé l'Indicateur du développement humain (IDH), qui intègre non seulement le revenu national mais aussi l'espérance de vie et le niveau de scolarité. Dans son classement mondial de 175 pays, la Norvège arrive en tête devant l'Islande, la Suède et l'Australie. La Suisse occupe la dixième place. Toute dernière, la 175e place revient au Sierra Leone, pays d'Afrique de l'Ouest déchiré par une longue et meurtrière guerre civile. Au total, 21 pays voient leur IDH reculer depuis dix ans. La baisse de revenu dans les 54 pays n'est pas sans conséquence sur cet indicateur.

En Afrique noire, ce sont les ravages du sida qui font plonger l'IDH. L'espérance de vie a reculé de façon spectaculaire. Dans certains pays, un cinquième des habitants sont séropositifs ou sont atteints par la maladie. La moitié des pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont vu leur revenu diminuer. En Europe de l'Est et en Asie centrale, la régression est particulièrement marquée en Russie, en Moldavie, au Tadjikistan, en Moldavie et en Ukraine.