La course à la voiture électrique s'intensifie aux Etats-Unis: une semaine après le pari ambitieux de General Motors, Ford a répliqué en annonçant doubler les investissements consacrés à ce segment considéré comme l'avenir de l'automobile dans un monde confronté aux défis posés par le changement climatique.

Le géant de Dearborn, près de Detroit, va consacrer désormais plus de 22 milliards de dollars (18,4 milliards d'euros) à la production de véhicules électriques d'ici 2025. Environ 7 milliards (5,8 milliards d'euros) supplémentaires seront destinés aux voitures autonomes, a-t-il ajouté dans un communiqué publié dans le cadre de ses résultats annuels.

La commercialisation d'un fourgon électrique

Ce coup de poker sur l'électrique est le dernier en date d'un grand constructeur automobile traditionnel dans ce créneau actuellement dominé par Tesla. La semaine dernière, GM, le rival de Ford, a indiqué avoir l'intention de ne plus construire d'ici 2035 de voitures à émissions polluantes, qui représentent pourtant encore l'immense majorité de sa production. Cette annonce était de nature à accélérer une mutation du secteur, estimaient les analystes.

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Ford «est à fond et ne cédera pas de terrain à quiconque», a justifié jeudi Jim Farley, le nouveau patron de Ford, qui a pris les commandes le 1er octobre dernier. «Nous accélérons nos projets», a-t-il ajouté, énumérant la capacité de la batterie, l'amélioration des coûts et la volonté d'étoffer le portefeuille de véhicules avec l'électrique.

Outre la Mustang Mach-E, Ford prévoit de commercialiser un fourgon électrique, E-Ford Transit, en fin d'année, et un F-150 tout électrique en 2022. La marque haut de gamme du groupe, Lincoln, va être la principale bénéficiaire des nouveaux investissements, a précisé Ford.

Une révolution verte promise par Joe Biden

Face à une croissance de la demande, et à une sensibilisation de plus en plus importante de l'opinion publique et de leurs clients à la lutte contre le changement climatique, les constructeurs automobiles prennent le tournant vers les véhicules non polluants. Le groupe allemand Volkswagen compte proposer 70 modèles électriques d'ici 2030 et en vendre 26 millions d'unités en dix ans. Tesla, dirigé par Elon Musk, est devenu la coqueluche des marchés, persuadés que le groupe californien a pris une avance considérable.

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La route vers le tout-électrique est longue: ces voitures sont encore assez chères, et ne représentaient en 2019 que 2,6% des ventes, selon l'agence internationale de l'Energie. La donne devrait changer.

Le nouveau président américain Joe Biden promet par exemple une révolution verte dans l'automobile. Il s'est fixé entre autres objectifs de rendre la flotte de véhicules du gouvernement entièrement propre et de faire construire 500 000 stations de recharge électrique supplémentaires dans le pays.

Une année noire

En attendant, Ford a prévenu que la pénurie de puces électroniques secouant actuellement l'industrie automobile allait lui coûter de 1 à 2,5 milliards de dollars (840 millions à 2 milliards d'euros) dans ses comptes 2021. Le groupe américain, dont des usines sont affectées - en particulier celles fabriquant sa camionnette à plateau aux marges lucratives F-150 - estime que l'absence de pièces représente 10 à 20% en moins de la production prévue pour le trimestre en cours.

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Sur le plan financier, Ford a connu une année 2020 noire, même s'il est parvenu à enregistrer au quatrième trimestre son meilleur bénéfice opérationnel en Europe depuis plus de quatre ans, à 414 millions de dollars (346,3 millions d'euros). Ce profit a reposé essentiellement sur une hausse des prix et une diminution des coûts.

Les comptes sont dans l'ensemble dans le rouge, affichant une perte nette de 1,3 milliard de dollars (1 milliard d'euros) sur l'année pour un chiffre d'affaires de 127,1 milliards (-18,5%), soit 106,3 milliards d'euros. En 2019, Ford avait été rentable, dégageant un bénéfice net de 47 millions de dollars (39,3 millions d'euros).

Sur les trois derniers mois de l'année, la perte nette est de 2,8 milliards de dollars (2,3 milliards d'euros), contre 1,67 milliard (1,4 milliard d'euros) à la même période un an plus tôt. Le chiffre d'affaires trimestriel a diminué de 9,3% à 36 milliards de dollars (30,1 milliards d'euros). Ford prévoit de dégager un bénéfice opérationnel compris entre 8 et 9 milliards de dollars (6,7 et 7,5 milliards d'euros) en 2021.