«Nous aussi, nous aussi!», s'écrient Peugeot, Citroën, Volkswagen et consorts alors que les gouvernements européens évoquent toujours plus clairement la nécessité d'investir des dizaines de milliards d'euros pour soutenir les banques étranglées par la crise financière.

L'Association des constructeurs automobiles européens (ACEA) a adressé lundi une demande officielle au «législateur européen», pour réclamer une aide publique de 40 milliards d'euros (62 milliards de francs) sous forme de prêts à intérêts réduits. «Cette mesure donnera un signal important pour rétablir la confiance des consommateurs et des marchés financiers», estime Christian Streiff, directeur de Peugeot Citroën et président de l'ACEA.

Garantir les liquidités

Le lobby demande également l'introduction de subventions qui encourageraient les automobilistes à se débarrasser de leurs vieilles voitures pour en acheter de nouvelles.

L'idée couvait déjà dans les allées du Mondial de l'automobile de Paris, la semaine dernière. Pour mieux l'introduire, Christian Streiff paraphrasait les appels à l'aide des banquiers: «Mes priorités, c'est par exemple de garantir notre liquidité ou encore de faire attention à notre filiale bancaire PSA Finance», avait-il lancé aux journalistes vendredi dernier.

Le patron de Renault et de Nissan, Carlos Ghosn, avait renchéri en marge de la présentation de la nouvelle Mégane: «Ce n'est pas la crise économique qui m'inquiète, c'est la crise financière. C'est le plus dangereux à court terme.»

Les constructeurs avancent un deuxième argument en forme de chantage clair et net. Selon le communiqué de l'ACEA, ces 40 milliards rendraient «plus réaliste», à terme, le respect nouvelles régulations en matière d'émissions de gaz à effet de serre actuellement débattues au Parlement européen.

Le troisième motif n'est pas évoqué ouvertement par l'ACEA. A mots couverts, les Européens montrent du doigt les Etats-Unis où les trois constructeurs historiques toucheront bientôt 25 milliards de dollars (28 milliards de francs), également sous la forme de prêts bonifiés par le contribuable. Ce montant a été accepté par le Sénat à une très confortable majorité, quatre jours avant le vote sur les 700 milliards du plan Paulson. A l'origine, les «big three» avaient demandé le double, soit 50 milliards. L'enveloppe qui leur est accordée reste la plus importante aide publique depuis le repêchage de Chrysler en 1980. Ces prêts à1% ou 2% d'intérêt permettront à Chrysler, Ford et General Motors de moderniser leurs usines vieilles de plus de vingt ans.

Perché sur son estrade au salon de Paris, Carlos Ghosn estimait vendredi que l'aide américaine était «indiscutablement» une distorsion de la concurrence, tout en admettant qu'il s'agissait d'une «idée intéressante».

L'ACEA rappelle que l'industrie automobile européenne représente 2,3 millions d'emplois directs et 10 millions chez des fournisseurs.