Pas de montants en milliards, ni même en millions. Le secteur de la construction, par la voie de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), a fait parvenir au Temps un plan de relance en cinq points. Un appel à relancer rapidement la machine des chantiers. Ou, en tout cas, à ne pas la ralentir.

Ce que craint l’association faîtière du secteur principal de la construction, qui représente 80 000 emplois dans le pays – l’ensemble de la branche en pèse 300 000 – c’est que la session parlementaire qui débute la semaine prochaine donne lieu à «l’invention de grands plans de relance politiques et théoriques. Il faut travailler sur ce qui existe déjà», lance Bernhard Salzmann, vice-directeur de la SSE.

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Dans son document, cosigné par Infra Suisse, l’organisation professionnelle des entreprises actives dans la construction d’infrastructures, la SSE invite les autorités fédérales, cantonales et communales, c’est-à-dire les maîtres d’ouvrage publics, à créer de la demande. «Les appels d’offres et adjudications de projets prêts à démarrer doivent être intensifiés, est-il par exemple énoncé. Les budgets et les financements de projets d’infrastructures doivent être utilisés.»

Alors que les budgets publics sont sollicités de toutes parts par la crise générée par la pandémie, la SSE demande également que les planifications, ainsi que les demandes d’autorisations et de permis de construire ne soient pas retardées ni abandonnées. Une requête qui inclut les projets de construction privés. «Ce sont des demandes qui valent pour le moyen terme», ajoute Bernhard Salzmann. Si les projets sont gelés, retardés ou abandonnés, l’été et l’automne 2020 pourraient être extrêmement compliqués pour la branche.

La Suisse romande davantage touchée

La construction est l’un des secteurs où les différences cantonales ont été les plus marquées. Les chantiers ont été fermés au Tessin. Puis à Genève, avant que la Confédération ne les rappelle à l’ordre. Aujourd’hui encore, les travaux avancent au ralenti. Mais avec des vitesses différentes. Ainsi, selon le dernier sondage de la SSE, encore en cours d’élaboration, ses membres éprouvent une baisse du chiffre d’affaires de 15% en mars et avril, par rapport à l’an dernier. Mais en Suisse romande, où la propagation du virus est plus prononcée, le recul atteint 40%.

Par ailleurs, 10% des travailleurs sont au chômage partiel. «C’est évidemment moins que l’hôtellerie ou la restauration, concède Bernhard Salzmann. Mais pour notre secteur, ce sont des variations énormes.» C’est aussi de ces inquiétudes pour l’emploi que se nourrit l’argumentaire de la SSE. Son document ne néglige pas de mentionner l’importance de respecter les mesures de sécurité, ainsi que de les assouplir, lorsque la situation sanitaire le permettra.

Il faut dire qu’en mars, alors que le nombre d’infections explosait et que le semi-confinement et les fermetures d’établissements publics étaient officialisés, un vif débat s’est engagé entre entrepreneurs et syndicats, à propos des conditions dans lesquelles les ouvriers devaient ou pouvaient travailler. Unia avait bloqué l’accès à certains chantiers, tandis que dans nos colonnes, quelques travailleurs et entrepreneurs témoignaient de leur désarroi face à l’impossibilité de réaliser certaines tâches sans mettre en danger la santé des employés.

Quatre mille contrôles, 60 signalements

«Il fallait trouver une solution pour à la fois garantir la santé des travailleurs et le maintien de leur emploi, souligne Bernhard Salzmann. Les efforts ont porté leurs fruits puisque les contrôles réalisés sur le terrain montrent que les mesures de protection sont bien respectées sur les chantiers.»

Les recommandations de l’OFSP sont résumées dans un document en onze points. Il inclut notamment le port du masque, de gants ou de lunettes, l’utilisation de ses propres outils ou encore la distanciation sociale à respecter, dans les minibus, les containers, lors de travaux intérieurs ou simplement sur l’ensemble du chantier.

Depuis la mi-mars, la Suva, mandatée par les autorités, a effectué 4000 contrôles dans toute la Suisse. Une soixantaine de chantiers ont fait l’objet d’un signalement aux inspections cantonales du travail. En Suisse romande, 1300 visites ont donné lieu à 36 signalements.

Alors que la Suisse se déconfine progressivement, «aucun allégement majeur dans les mesures n’a encore été décidé, tient à préciser Stéphane Bettex. Et nous n’en attendons pas jusqu’au 11 mai.» Le responsable des contrôles en Suisse romande pour la Suva note par ailleurs un net changement d’état d’esprit depuis la mi-mars. La première semaine, quelque 75 appels par jour concernant les chantiers parvenaient à la hotline de la Suva. Cette semaine, ce chiffre est descendu à 25. «Nous recevions des appels de travailleurs, de leurs familles, ou d’entrepreneurs inquiets. Désormais, conclut Stéphane Bettex, nous avons plutôt affaire à des planificateurs ou des maîtres d’ouvrage qui posent des questions sur le retour à la normale.»