Déclenché par les inquiétudes suscitées par le gouffre des finances publiques grecques, le vent de panique soufflant sur les marchés a atteint jeudi l’Espagne et le Portugal. Leurs marchés ont fait les frais de ventes massives de la part des investisseurs et d’attaques de spéculateurs pariant sur l’aggravation de leurs comptes publics.

Une menace qui a obligé Jean-Claude Trichet à monter au front. Et, plus que sa décision de laisser les taux d’intérêt directeurs de la zone euro à leur niveau historiquement bas de 1%, c’est bien son appréciation de la situation grecque qui était l’objet hier de toutes les attentions.

Confiance de la BCE

Le responsable de la Banque centrale européenne a tenté de calmer les esprits, soulignant que les mesures d’économies qu’Athènes tente de mettre en place – en dépit de l’opposition qu’elles suscitent – sont «des pas dans la bonne direction». Ce programme d’austérité rend la BCE «confiante» que la Grèce prendra «toutes les décisions nécessaires» pour faire revenir son déficit public en dessous de la barre des 3% d’ici à 2012.

Face à la plus grave crise connue par la zone euro depuis sa création il y a onze ans, Jean-Claude Trichet a rappelé qu’il était d’une «importance capitale» que l’ensemble des Etats membres dévoilent des plans d’assainissement de leurs finances publiques.

Ces propos n’ont cependant guère calmé les marchés, les attaques spéculatives se propageant hors de la Grèce.

L’euro continue de décliner

Hier, la bourse de Madrid a ainsi plongé de près de 6%, tandis que celle de Lisbonne décrochait de 5%. Le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a dénoncé le comportement «irrationnel» des investisseurs. Pour emprunter 2,5 milliards de dollars sur trois ans, l’Espagne a dû promettre un taux de 2,6% hier, soit 0,5% de plus que ce qu’elle devait offrir en décembre.

S’ils n’appartiennent pas à la zone euro, les pays d’Europe orientale ont également été touchés: le montant de la prime pour s’assurer contre un éventuel défaut de paiement de la Hongrie sur ses emprunts a atteint des records. Même les banques britanniques ont été «contaminées», les actions de Barclays, Lloyds ou RBS perdant entre 5 et 7% hier.

L’euro était également pris dans la tourmente, en dépit des assurances de Jean-Claude Trichet. Pour la première fois depuis juin 2009, la monnaie unique est passée sous la barre de 1,38 dollar. La crainte que la Grèce et les autres pays européens ne parviennent pas à contenir leur déficit a fait perdre 7% à la monnaie unique depuis novembre. S’il n’a pas voulu commenter ces fluctuations, le président de la BCE a noté que la solidité de la zone euro semblait être «peu connue». Tentant de relativiser la situation, il a rappelé que le déficit public attendu dans la zone euro se situait autour de 6% du PIB cette année, contre plus de 10% aux Etats-Unis et au Japon.