Au tout début du mois, la Suisse et les Philippines ont célébré leurs 150 ans d'échanges économiques. Pour l'occasion, une délégation dirigée par le vice-président et ministre des Affaires étrangères Teofisto Guingona s'est rendue à Berne et à Zurich. Quelques mois plus tôt, Joseph Deiss, conseiller fédéral aux Affaires étrangères, était en visite officielle à Manille. Parmi tant d'autres sujets bilatéraux, une question précise a été évoquée avec insistance les deux fois: le contentieux entre l'Etat philippin et la Société Générale de Surveillance (SGS), le numéro un mondial de l'inspection.

Mercredi, Manille s'est engagée à rembourser 192 millions de francs au groupe genevois pour les travaux effectués entre novembre 1998 et avril 2000. Dans l'aventure, la SGS abandonne 10 millions de francs «en raison de la difficulté de ce pays à boucler son budget» et accepte que le paiement soit échelonné sur plusieurs années. Du coup, la SGS espère renégocier son retour aux Philippines. En 2000, le groupe avait été éconduit, après treize ans de présence. En effet, dès 1998, à la vieille du renouvellement du contrat, un quotidien à grand tirage – The National Enquirer – avait étalé pendant plusieurs jours des accusations de corruption contre la société suisse. La cabale montée, selon des connaisseurs, par des concurrents bénéficiant de la bénédiction de certaines hautes personnalités au pouvoir, avait porté ses fruits: le mandat avait été reconduit, mais pour quelques mois seulement. «Aucune entreprise n'a été aussi harcelée que l'a été la SGS», écrivait le Philippine Daily Enquirer en novembre 1999. La perte du contrat représentait un manque à gagner de 140 millions de francs pour la SGS. «Nous avons continué certaines collaborations avec le secteur privé», précise Jean-Luc de Buman, porte-parole du groupe à Genève. Le groupe a aussi maintenu le projet d'installer un centre de traitement d'information à Laguna, près de la capitale. Outre la «pression diplomatique» qu'ont pu subir les autorités philippines pour qu'elles honorent leurs dettes, une autre raison explique le retournement du côté de Manille: le changement de gouvernement. L'ancien président, Joseph Estrada, s'était taillé une réputation de chef d'Etat pourri, au point que ses propres partisans ont demandé et obtenu sa destitution. «Le nouveau régime est ouvert sur le monde et se préoccupe de l'image du pays à l'étranger. Il est tourné aussi vers le monde des affaires. En tout cas, il n'a certainement pas freiné l'accord avec la SGS», estime Jean-Luc de Buman.

Mandat confié à UBS

En effet, la nouvelle présidente, Gloria Arroyo, ne cesse de faire les yeux doux aux investissements étrangers. Pour preuve, les Philippines viennent de faire appel aux marchés des capitaux pour lever 500 millions de dollars. Le mandat a été confié à une banque suisse, UBS. «Une telle transaction serait impossible si on avait affaire avec un gouvernement qui a la réputation d'être corrompu», poursuit le porte-parole de la SGS.

Avec le règlement de l'affaire SGS, c'est une épine dans les relations entre la Suisse et les Philippines qui est enlevée. Rapportant la mission du vice-président philippin en Suisse, le quotidien Manila Bulletin fait remarquer fièrement que la Suisse est le cinquième investisseur aux Philippines et que 55 entreprises helvétiques y sont implantées depuis plusieurs années.

Par ailleurs, la SGS a annoncé mercredi qu'August von Finck possède désormais moins de 5% de ses titres. L'actionnaire allemand, conjointement avec d'autres membres de sa famille, détient 14,7% du capital et des droits de vote du groupe genevois.