Air France, KLM, Lufthansa, SAS, airBaltic ou encore Singapore Airlines. Plusieurs compagnies aériennes ont annoncé ce mardi, suspendre jusqu’à nouvel ordre le survol de la Biélorussie. Au surlendemain du détournement d’un vol commercial de Ryanair vers Minsk par le pouvoir Biélorusse, pour arrêter le journaliste dissident Roman Protassevitch, les dirigeants du Vieux-Continent ont décidé d’adopter de nouvelles sanctions contre le régime d’Alexandre Loukachenko et de fermer leur espace aérien à la Biélorussie. L’Union européenne a également préconisé aux compagnies aériennes de ne pas survoler le pays.

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En début d'après-midi, les avions apparaissant sur le site FlightRadar24 comme survolant le Bélarus se faisaient rares.  

Conséquences économiques directes

«Ces rétentions sont principalement diplomatiques. La Biélorussie n’est pas un pays majeur en termes de trafic aérien mais peut être survolée pour de nombreux vols qui vont jusqu’en Asie», relève Xavier Tytelman, expert aéronautique chez Starburst. Près de 2500 appareils effectuant des vols commerciaux empruntent chaque semaine l’espace aérien du Biélorusse selon l’organisation Eurocontrol. «Les compagnies vont devoir faire des détours. D’un point de vue purement aéronautique, cela prolongera les trajets d’une dizaine de minutes», poursuit-il.

Si, sur le plan du trafic aérien la situation semble maitrisable, les conséquences économiques apparaissent plus directes pour la Biélorussie, comme le rappelle Xavier Tytelman. «Les pays dont on survole l’espace aérien perçoivent une redevance aéronautique. Avec ces contournements, la redevance perçue par la Biélorussie va logiquement diminuer», précise-t-il.

Des contournements fréquents

Espaces aériens fermés, interdiction de survol de territoire, et contournement: ces situations ne revêtent rien d’exceptionnel. Afin d’éviter des zones en conflit ou des mauvaises conditions météorologiques, il arrive très régulièrement aux compagnies aériennes de procéder à des contournements.

En janvier 2020, la plupart des compagnies aériennes avaient suspendu le survol de l’Iran et de l’Irak après les frappes menées par la République islamique sur des bases irakiennes utilisées par l’armée américaine. «Les compagnies aériennes n’ont pas besoin d’attendre que des décisions fermes soient prises. Elles sont libres de poser des plans de vols qu’elles souhaitent pour garantir une meilleure sécurité», appuie Xavier Tytelman. Dans la crainte d'une riposte américaine, un avion de ligne ukrainien avait été abattu peu de temps après son décollage de Téhéran, par un missile iranien tiré «par erreur».  

Idem en 2014, près de 300 personnes avaient été tuées lorsque le vol 17 de Malaysia Airlines, qui se rendait à Kuala Lumpur depuis Amsterdam, a été abattu en plein vol par un missile de conception soviétique dont le lanceur était opéré par une unité de l'armée russe, au-dessus de la zone de conflit armé avec les séparatistes pro-russes dans l'est de l'Ukraine, où les hostilités faisaient rage. 

Plus récemment, les tirs de roquettes du Hamas vers la région de Tel-Aviv ont conduit des autorités d'Israël à dérouter des appareils vers le sud du pays. Les espaces aériens syrien, libyen, yéménite et irakien, théâtre d'opérations armées, constituent également des zones contournées par les vols commerciaux.

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