L’invité

Des contrats intelligents qui connectent le digital au réel

La création numérique de documents, l’Internet des objets et la blockchain permettront à des inconnus d’effectuer des transactions sans passer par un tiers garant et par de nombreux mécanismes de contrôle

Le propriétaire du Burj Khalifa à Dubaï, la plus haute tour du monde, a trouvé une tactique pour faire s’exécuter les locataires qui ont des paiements de loyer en retard: il déconnecte leur accès aux systèmes d’ascenseurs de l’immeuble. En gravissant les 150 étages les séparant de leur logement, les mauvais payeurs ont en effet le temps de réfléchir à l’ordre de priorité de leurs créanciers.

Dans un proche futur, il sera possible de connecter une action (ici, la désactivation de l’ascenseur) à une condition (le non-paiement du loyer) de façon automatique à travers des smart contracts. Pour cela, trois technologies sont nécessaires, qui sont en train d’arriver à maturité: la création digitale de documents, l’Internet des objets et la blockchain.

Options automatiques

De plus en plus d’outils permettent la création de contrats de façon automatisée au moyen d’un questionnaire. L’utilisateur répond aux questions par oui et par non et donne quelques inputs manuels minimaux (adresse des parties, dates, prix). Le document est ensuite automatiquement assemblé sur la base des choix effectués. Les contrats ainsi générés ont un avantage important sur les documents créés manuellement: derrière chaque réponse de l’utilisateur au questionnaire standard, un point de donnée est créé.

La machine connaît donc le contenu du contrat. Il n’y a alors qu’un pas pour relier un de ces points à un smart contract, permettant de lier une conséquence à la survenance d’un événement précis. Un contrat lié à la livraison d’un objet, par exemple, pourrait donner naissance à un mécanisme d’entiercement automatisé si l’utilisateur souhaitant une garantie de livraison choisit l’option correspondante.

Confiance de la blockchain

L’Internet des objets, lui, a pour vision de relier chaque objet à Internet, soit de façon passive au moyen de capteurs livrant des informations sur l’environnement dans lequel se trouve l’objet, soit au moyen de mécanismes permettant d’avoir une influence sur l’objet à distance (par exemple ouvrir une porte). Finalement, la blockchain va permettre d’apporter de la confiance au système (les données émises par des senseurs communiquant directement avec la blockchain ne peuvent plus êtres modifiées a posteriori), de mettre à disposition les mécanismes nécessaires à l’exécution des smart contracts (transfert de valeur et de propriété de pair à pair).

Tout comme on ne voit pas les protocoles TCP/IP permettant d’accéder à une page internet, ces mécanismes seront intégrés à l’interface utilisateur de façon invisible. Des applications concrètes à la portée de tous ne sont plus très loin, comme l’envoi d’un token permettant l’ouverture d’une porte d’appartement ou de voiture pendant la durée de location.

Applications maritimes

Mais c’est dans les domaines plus complexes, comme le transport maritime de marchandises, que les applications sont les plus prometteuses. Aujourd’hui, chaque conteneur est accompagné d’une documentation papier d’une épaisseur de plusieurs centimètres, rassemblée dans un classeur. Les procédures d’assurance en cas de sinistre sont longues et coûteuses. Imaginons que l’on transporte une marchandise fragile, comme de l’insuline, qui doit être stockée à moins de 8 degrés et ne pas être exposée à des chocs importants.

Aujourd’hui, si on constate que le produit est détérioré à l’arrivée, une enquête complexe doit être faite afin de déterminer les responsabilités tout au long de la chaîne logistique et le remboursement aura lieu des mois plus tard. Des conteneurs pourvus de senseurs (localisation, température, chocs) permettraient d’être alerté aussitôt la température de transport contractuelle dépassée et d’activer une clause d’assurance entièrement automatisée, permettant d’obtenir le remboursement de la cargaison et de passer une nouvelle commande avant même que la marchandise n’ait atteint son port de destination.

C’est là que réside le potentiel réellement disruptif de la blockchain: simplifier les processus administratifs et supprimer les intermédiaires en permettant à des inconnus d’effectuer des transactions sans passer par un tiers garant et par de nombreux mécanismes de contrôle.

Publicité