Coup de froid sur l'économie suisse. Le produit intérieur brut (PIB) helvétique a reculé de 0,1% lors des trois derniers mois de l'année (octobre à décembre 2004) par rapport au trimestre précédent. Personne n'avait anticipé cet arrêt de la croissance. «Les chiffres sont extrêmement décevants», commente Janwillem Acket, économiste en chef de Julius Bär à Zurich. «C'est une mauvaise surprise», confirme Andreas Hoefert, responsable de la recherche de UBS à Zurich.

Comme la majorité des économistes, tous deux s'attendaient à une progression du PIB. Le consensus tablait en moyenne sur une croissance de 0,2%, selon Bloomberg. Le chiffre publié jeudi par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) s'avère nettement inférieur. Si l'on ne parle pas de récession, la croissance suisse recule cependant pour la première fois depuis bientôt deux ans. Pour l'ensemble de 2004, le Seco table sur une croissance de 1,7% en variation annuelle, contre 1,8% auparavant.

Economiste chez Ferrier Lullin à Genève, Roland Duss nuance cette annonce. Il rappelle le processus d'adaptation au système européen des comptes nationaux et régionaux mené par le Seco. «Je prends ce chiffre avec des pincettes. J'émets des doutes quand à sa véracité», affirme-t-il. Il est le seul dans ce cas parmi les économistes interrogés. La nouvelle méthode de calcul n'explique pas tout, selon Andreas Hoefert. «C'est un petit changement», répond Claudio Saputelli, économiste auprès de Credit Suisse Group (CSG) à Zurich.

Au-delà d'un recul ponctuel du PIB, la lecture détaillée des chiffres du Seco ne laisse augurer rien de bon. «Toutes les composantes ont ralenti. Ce mouvement généralisé signale un fort ralentissement», note Bernard Lambert, économiste chez Pictet & Cie à Genève. Le recul des investissements (–1,5%) et la faiblesse des exportations (+0,4%) inquiètent en premier lieu. On a mis moins d'argent dans la construction (–2,2%) et les biens d'équipements (–0,9%). De plus, les exportations auraient stagné, s'il n'y avait eu un bond du commerce des objets de valeur (métaux précieux, objets d'art et antiquités).

La vigueur de ce ralentissement interpelle désormais: s'agit-il d'une phase temporaire ou d'un retournement de tendance? Le Seco privilégie le premier scénario. «Les indicateurs conjoncturels avancés pour la Suisse augurent certes d'une croissance plutôt timide pour le proche avenir, mais aucun signe avant-coureur de stagnation prolongée, voire même de récession, ne peut être actuellement identifié», précise l'institution. Elle s'attend à une croissance de 1,5% en variation annuelle pour 2005.

Certains analystes n'hésitent cependant pas à revoir leurs estimations. «Nous y pensions depuis plusieurs semaines, confie Bernard Lambert de Pictet & Cie, qui a réduit jeudi ses prévisions de croissance de 1,7 à 1% pour cette année. Les signes sont aussi très mauvais en ce début d'année.» En février, le Purchasing Manager's Index (PMI), publié par CSG, a plongé de 4,3 à 47,9 points. Cet indice, qui reflète l'évolution de la marche des affaires dans le secteur industriel, est descendu sous le seuil critique des 50 points, marquant ainsi une contraction du secteur. Le sondage optimiste sur les investissements présenté mercredi par l'institut zurichois KOF (LT du 3.03.2005) ne rassure pas. «Il s'agit d'une enquête annuelle», prévient Bernard Lambert, qui prévoit une reprise au deuxième semestre.

Anticipant pour l'instant une croissance de 1,8% en 2005, UBS se donne quelques jours pour réfléchir. Credit Suisse Group maintient, lui, ses prévisions à 1,6%. «Nous espérons que la zone euro va devenir plus forte», analyse Claudio Saputelli. Il compte aussi sur la robustesse de l'économie américaine et l'influence du Japon. Tous s'accordent pour penser que le salut de la Suisse viendra de l'étranger. Une seule certitude se dégage pour l'instant, le marché de l'emploi ne connaîtra pas d'embellie cette année. «La croissance est insuffisante pour espérer une grande amélioration», affirme l'économiste de CSG.