Mercredi, l'annonce de l'Institut américain du pétrole (API) a créé la surprise dans les maisons de courtage londoniennes: les stocks hebdomadaires de pétrole aux Etats-Unis continuent à baisser pour la deuxième semaine consécutive. Les réserves américaines – les Etats-Unis constituent le premier consommateur mondial de pétrole – se sont établies à 282,60 millions de barils au 4 août 2000, contre 284,7 millions la semaine précédente. La maison de courtage GNI, à Londres, relève qu'un tel niveau n'avait plus été atteint depuis le mois d'août 1976.

La publication du rapport a entraîné une forte hausse des cours du pétrole à Londres. Le baril est monté jusqu'à 30,15 dollars (+4%) mercredi matin, la plus importante progression enregistrée depuis le 14 juillet (voir graphique). Le baril a finalement terminé la journée de mercredi à 29,82 dollars. «Les stocks sont désormais inférieurs à ceux des mois de mars et juin, une période à laquelle le pétrole est monté jusqu'à 33 dollars», relève un courtier de ADM Investor Services International, laissant présumer une probable poursuite de l'envolée des cours.

Une manne inespérée

Comment expliquer ce phénomène? Contrairement à la semaine dernière (le baril s'était alors approché de la barre des 29 dollars le baril), la baisse des stocks de brut ne s'explique pas par un recul des importations. Celles-ci ont augmenté à 9,35 millions de barils par jour sur la semaine achevée le 4 août, rapporte l'ATS. Selon des analystes cités par Bloomberg, les raffineurs se sont concentrés cet été sur la production d'essence, répondant ainsi aux besoins accrus des Américains. Les fournitures en mazout ont été délaissées. Les statistiques de l'API confirment cette thèse: les réserves de produits distillés, qui comprennent le fioul domestique pour le chauffage, accusent une baisse à 111,35 millions de barils, contre 112,53 une semaine auparavant. Elles sont inférieures de 19,8% à leur niveau de l'an dernier.

Selon l'Agence internationale de l'énergie, la demande mondiale de pétrole en 2001 devrait augmenter de 1,9 million de barils par jour, passant à 77,7 millions, contre 75,8 cette année. Si de telles informations risquent de susciter l'inquiétude des consommateurs, les pays producteurs ne peuvent que se réjouir. La flambée des prix du pétrole profite largement à l'OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), appelée à se réunir en septembre au Venezuela. Dans ce dernier pays, dont le président réélu le 30 juillet effectue ces jours une tournée des Etats membres du cartel, le renchérissement de l'or noir constitue une manne inespérée. Le Produit intérieur brut a enregistré une progression de 2 à 3% au second trimestre 2000, après une contraction de 7,2% en 1999. La chute des prix du pétrole, depuis la fin de 1997 jusqu'à ce printemps, avait entraîné la débâcle économique d'un pays fortement dépendant des exportations pétrolifères.