Une nouvelle arme dans la lutte contre le coronavirus est de plus en plus évoquée au niveau mondial: le smartphone. Tous dotés d’une puce GPS, ils pourraient fournir des informations précieuses pour lutter plus efficacement contre la pandémie: en mesurant les flux de personnes, en monitorant les rassemblements de personnes, voire en suivant individuellement des citoyens avec une précision de quelques mètres. Plusieurs pays, dont la Chine, l’Iran et plus récemment Israël utilisent ainsi les téléphones. Les Etats-Unis, l’Italie et la Suisse y réfléchissent. Mais l’opération est hautement risquée, car suivre au mètre près des individus pourrait poser des questions fondamentales concernant le respect de la sphère privée.

Utiliser ainsi la localisation du smartphone de millions de citoyens n’est pas l’apanage des Etats totalitaires. Cette semaine, Israël a franchi ce pas. Le premier ministre, Benyamin Netanyahou, a annoncé que les déplacements des citoyens atteints du coronavirus, mais aussi ceux mis en quarantaine seront désormais suivis. «Nous allons utiliser les moyens numériques que nous possédons pour lutter contre le terrorisme», a averti Benyamin Netanyahou, qui a obtenu le feu vert du Ministère de la justice. Cette annonce a provoqué cette semaine des manifestations en Israël de citoyens inquiets de voir leurs libertés individuelles ainsi rognées.

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Mesures en Lombardie

C’est sans surprise en Chine, où la surveillance de masse se renforce depuis des années, que la crise sanitaire a suscité la forme de contrôle la plus importante. Le gouvernement a demandé aux citoyens de télécharger une application leur indiquant s’ils peuvent sortir ou rester en quarantaine. Or cette application semble aussi partager des informations avec la police, dont la localisation. Avec sans doute pour objectif de renforcer un contrôle sur la société, s’alarment certains observateurs.

Plus près de nous, des mesures de surveillance sont entrées en vigueur en Lombardie. Dans le nord de l’Italie, les autorités monitorent tous les téléphones, pour évaluer le volume des déplacements. Ils auraient baissé de 40% depuis fin février, un chiffre insuffisant selon les responsables politiques. Dans ce cas, il s’agit d’une surveillance globale: les identités des propriétaires de téléphone ne sont pas prises en compte et les données sont anonymisées. Cette mesure pourrait être étendue à toute l’Italie. Au Royaume-Uni, le gouvernement discute avec les opérateurs télécoms pour mesurer lui aussi les flux de personnes.

Possible en Suisse

Des systèmes similaires pourraient tout à fait être mis en place en Suisse. Car Swisscom a non seulement les moyens techniques pour faire de même, mais aussi l’expérience. L’opérateur a déjà travaillé avec plusieurs autorités pour examiner des flux de personnes – par exemple à Pully, près de Lausanne, pour analyser le trafic des pendulaires. «Si les autorités demandent une coopération avec Swisscom dans le domaine de l’analyse des données de mouvement afin de lutter contre la pandémie de Covid-19, nous examinerons cette requête et assisterons les autorités dans le respect du cadre légal en vigueur», précise un porte-parole. Qui insiste: «L’analyse des données de mouvement ne peut toutefois être effectuée que sous une forme totalement anonymisée. Swisscom n’établit pas de profils de mouvement individuels des clients.»

Par contre, l’opérateur pourrait fournir aux autorités, toujours de manière anonymisée, des informations supplémentaires. Par exemple, pour examiner les déplacements des personnes de plus de 65 ans ou de la tranche d’âge de 20 à 30 ans. Il est aussi notamment possible de croiser ces données avec le sexe des individus. Ces informations pourraient intéresser l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui examine pour le moment cette possibilité. Jeudi, l’OFSP annonçait analyser si, avec les données de téléphone portable, il pourrait savoir si les gens se croisent de trop près. Mais il n’y aura ni traçage individuel ni communication aux personnes croisées par une personne testée positive de son état de santé.

Google prêt à collaborer

Aux Etats-Unis, le gouvernement fédéral serait en discussion notamment avec Google et Facebook. Selon le Washington Post, les autorités aimeraient que plusieurs géants de la tech partagent davantage d’informations avec elles. «Nous pourrions aider les autorités sanitaires à déterminer l’impact de la distanciation sociale, à l’instar de la façon dont nous indiquons les horaires des restaurants populaires et les schémas de circulation dans Google Maps», a affirmé un porte-parole de Google. Cette crise sanitaire pourrait d’ailleurs être une aubaine pour les géants de la tech, sous intense pression régulatoire aux Etats-Unis, notamment à cause de la masse d’informations sensibles qu’ils récoltent sur leurs utilisateurs.