Une éclaircie dans la morosité industrielle du moment. ABB annonce un investissement de 40 millions de francs sur son site argovien de Turgi. Dans un communiqué diffusé mardi, le groupe d’électronique zurichois évoque la construction d’un nouveau bâtiment consacré à la recherche et au développement (R&D), ainsi qu’à des surfaces de bureau pour le segment des moteurs électriques et de l’automation industrielle.

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A Turgi, ABB est installé depuis 1967. Les locaux de 48 000 m² regroupent des halles de production, des installations de R&D et des bureaux. Ce nouvel édifice, dont la construction durera trois ans et s’achèvera en 2024, s’étendra sur 7000 m². Aucune création d’emploi n’est néanmoins prévue sur le site, où le groupe emploie environ 1100 personnes. «Le nouveau bâtiment va servir à moderniser les places de travail déjà existantes et à améliorer la coopération avec le reste du site, précise le directeur d’ABB Suisse, Robert Itschner. C’est précisément ces échanges entre la recherche, le développement et la production qui sont cruciaux pour notre avenir.»

Faire rouler les Intercity

Il s’agit, rappelle ABB dans son communiqué, du plus important investissement consenti par le groupe au cours de ses dix dernières années. L’objectif est d’accroître son potentiel dans des segments «à forte croissance». Sur son site de Turgi, ABB développe et fabrique notamment des convertisseurs de traction utilisés dans les systèmes d’entraînement des trains, des trolleybus et des tramways. C’est ici, par exemple, qu’est honorée la récente commande des CFF visant à moderniser sa flotte de locomotives Re 460 – utilisées pour les trains Intercity.

L’électronique de puissance permet d’assurer une plus grande efficience énergétique. Que ce soit dans l’industrie pure et dure, dans les énergies renouvelables ou dans la mobilité, avance ABB. Qui souligne entre autres que d’ici à 2040 le nombre de moteurs électriques devrait avoir doublé.

A plus court terme, cette annonce intervient à contre-courant. La crise sanitaire est en effet en train de mettre en difficulté de nombreux industriels. D’après la faîtière Swissmem, les entrées de commandes et les chiffres d’affaires de ses membres ont chuté de près de 20% entre avril et fin juin.

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Pour le groupe ABB dans son ensemble, les commandes enregistrées en Europe ont, elles, baissé de 18% au deuxième trimestre. Sur le marché suisse en revanche, elles n’ont reculé que de 3%. ABB note par ailleurs que, dans le secteur des transports et des infrastructures, les investissements dans les systèmes ferroviaires ou la mobilité électrique se sont poursuivis. Idem pour les installations de distribution d’électricité. Néanmoins, la dynamique des énergies renouvelables a «fortement chuté».

Innover quand même

A l’aube de l’automne, ce sont donc plutôt les réductions de voilure qui sont d’actualité. Cet investissement peut être interprété comme une piqûre de rappel, souligne Robert Itschner: «L’innovation, c’est crucial pour la Suisse et les sociétés qui y sont installées. La structure de ce pays, avec son système éducatif et ses instituts de recherche, le prédestine à être un lieu dans lequel on innove.»

Selon les statistiques de l’OCDE, la Suisse est l’un des pays les plus dépensiers en matière de recherche et développement, avec un rapport de 3,3% de son produit intérieur brut (PIB), loin devant la moyenne de 2,38% des 37 économies qui composent cette organisation. La Suisse est troisième, derrière Israël (4,94% du PIB) et la Corée du Sud (4,52%).