Celui que les médias et les analystes financiers ont surnommé le magicien de la finance du groupe pharmaceutique Roche, Henri Meier tire sa révérence. Il a décidé de prendre sa retraite d'ici à la fin de l'année pour laisser son poste à Anton Affentranger, actuel directeur opérationnel de la banque Lombard Odier & Cie. A 64 ans, Henri Meier ne disparaît toutefois pas complètement de l'organigramme puisqu'il restera membre du conseil d'administration de Roche. Il poursuivra ses autres mandats tels que la présidence de celui de Givaudan (spin-off de Roche) ou restera membre de la direction du Grand Hôtel Victoria-Jungfrau.

L'homme est apprécié de la communauté financière parce qu'il est à l'origine de plusieurs coups de génie, si bien qu'elle considère que Roche ressemble plus à une banque qu'à un groupe pharmaceutique. La prise de participation de Roche dans la société américaine Genetech (66%) au moment où la biotechnologie était boudée par les grands groupes de la pharmacie dans les années 90, c'est l'œuvre d'Henri Meier. La revente récente d'une petite partie des titres (7%) a littéralement fait exploser les résultats financiers de Roche. Il est aussi l'auteur d'une prise de participation (27%) dans la société suisse de semi-conducteur Essec, qu'il a ensuite cédée en novembre à Unaxis (ex-Oerlikon-Bührle). Il a encore été l'architecte des acquisitions de Syntex ou de Boehringer Mannheim. «Il était si novateur, s'exclame Denise Anderson, analyste à la Banque Sarasin & Cie à Zurich. Nous n'attendions pas son départ si rapidement. Quelle qu'elle soit, la personne qui le remplace aura un sacré défi à relever.» Le directoire de Roche va subir encore d'autres modifications. Dès le 1er janvier 2001, l'Ecossais William Burns prendra la tête de la division Pharma. Il succédera à Franz Humer, qui se consacrera à ses fonctions de président de la direction du groupe. En outre, Richard Laube, responsable du secteur OTC (médicaments sans ordonnance) sera aussi admis dans le directoire qui sera pourvu, dès l'an prochain, de huit managers d'une moyenne d'âge de 49 ans.

Résultats en ligne

Outre ce départ, le groupe Roche a aussi annoncé ses résultats du premier semestre. Pas de surprise, ils étaient en ligne avec les attentes des analystes financiers, qui étaient d'avance déçus, même si le chiffre d'affaires du groupe a augmenté de 11% à 13,7 milliards de francs, par rapport à la même période en 1999. Le bénéfice net a grimpé de 13% à près de 3 milliards de francs. Ce qui déçoit, c'est que ces bons résultats proviennent d'événements exceptionnels comme le bénéfice important tiré justement de la vente d'actions Genentech et la hausse de 20% du produit financier net du groupe, à 1,2 milliard. Du point de vue des ventes de Roche, elles ont augmenté au total de 11%, à 13,7 milliards de francs.

Il est particulièrement difficile de comparer les performances des différentes divisions du groupe, car Roche présentait une double compatibilité. Il est en effet en train de s'aligner sur les normes comptables internationales IAS. Reste que par division, celle de la Pharma, la plus grande du groupe, les ventes n'ont augmenté que de 2% en monnaies locales – (+10%) en francs suisses – à 8,8 milliards de francs.

La stagnation des ventes du Xenical (médicament contre l'obésité) et la baisse de celles de l'antibiotique Rocéphin ont influencé ce résultat. «L'anticipation par le marché, de la vente du Xenical, était élevée alors que la progression des ventes en francs suisses n'est que de 9%», explique Michel Venanzi, analyste chez Darier & Hentsch. La campagne de publicité dans les médias américains n'a pas eu l'impact escompté sur les consommateurs. Les pharmacies ont aujourd'hui des stocks très importants à écouler avant de repasser commande. Mais «Roche ne se résume pas au Xenical», a précisé Franz Humer. Le groupe escompte à court terme une progression du chiffre d'affaires de la Pharma avec l'homologation du Tamiflu, médicament contre la grippe. Elle est attendue au Japon et en Europe prochainement. «Le groupe fonde ses espoirs aussi sur celle de Pegasys (médicament pour l'hépatite C)», souligne encore Michel Venanzi. Les analystes anticipent aussi la fin du brevet du Dormicum. Cela signifie l'arrivée de génériques sur le marché, donc une baisse des ventes de ce médicament à l'avenir.

Les autres divisions du groupe, celle des vitamines et produits chimiques fins a réalisé, de son côté, un chiffre d'affaires de 1,8 milliard de francs, soit une hausse de 3%, mais en recul de 4% en monnaies locales. Markus Altweeg, responsable de la division a souligné que le groupe allait miser sur les enzymes, notamment pour la nourriture des animaux ainsi que sur de nouvelles formules de vitamines C et E pour redonner du punch à ce secteur. Dans la division diagnostics, les ventes ont progressé de 19% (+12% en monnaies locales) à 2,9 milliards de francs. Elle table sur une poursuite de la croissance supérieure à celle du marché. «Ce bon résultat montre que le rachat de l'allemand Boehringer Mannheim, il y a deux ans, porte ses fruits», estime Michel Venanzi. Une menace pèse encore sur les résultats futurs de Roche: les élections présidentielles aux Etats-Unis. Franz Humer assure que quel que soit le président élu «il y aura des changements dans le marché pharmaceutique américain», une baisse des prix des médicaments, par exemple.