Technologie

Pour contrer Apple, Google invente le téléphone qui prend des rendez-vous

A l’occasion de sa conférence I/O, Google a présenté plusieurs services basés sur l’intelligence artificielle. Mais la fragmentation de son offre demeure un handicap face à Apple

C’est un smartphone qui téléphone tout seul à un salon de coiffure pour prendre un rendez-vous. C’est une messagerie qui compose automatiquement des e-mails. C’est aussi un capteur photo capable de reconnaître des objets et d’en trouver d’autres en temps réel. Mardi soir, à l’occasion de sa conférence annuelle I/O, Google a fait étalage de sa puissance en présentant plusieurs innovations, principalement pour smartphone. Des nouveautés qui vont forcer Apple à rattraper son retard dans plusieurs domaines.

La société dirigée par Sundar Pichai attaque le fabricant de l’iPhone, mais aussi Amazon, sur les services et notamment les assistants numériques. Google Assistant sera ainsi capable, dans les prochains mois, d’effectuer des appels à la place de son utilisateur. Il pourra appeler un salon de coiffure ou un restaurant et engager une conversation avec un humain pour un rendez-vous en le calant dans l’agenda de son utilisateur. La démonstration de Google Duplex effectuée mardi soir a impressionné, mais reste à savoir comment cela se passera dans la vie réelle – le service sera proposé «dans les prochaines semaines» aux Etats-Unis.

Apple en retard sur le marché des assistants

Google, qui propose son assistant Home depuis l’automne 2016 aux Etats-Unis, lancera une version avec écran en juillet, imitant ainsi Amazon qui a décliné son assistant Echo en une demi-douzaine de versions. Sur ce marché, Apple est en retard. Selon une étude du cabinet Slice Intelligence, son HomePod a représenté en moyenne 10% des ventes d’enceintes intelligentes au premier trimestre, derrière l’Echo d’Amazon (73%) et Google Home (14%). Aucun de ces assistants n’est encore disponible officiellement en Suisse.

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Disponible également sur son smartphone, Google Assistant sera aussi capable de faire davantage: il pourra régler le chauffage de son domicile ou commander plus simplement des plats livrés à domicile. Là aussi, d’abord aux Etats-Unis. La multinationale avance sur ce marché plus vite que l’assistant Siri d’Apple, qui propose moins de fonctions.

Lutter contre la fragmentation

Google est déjà hégémonique sur le marché des smartphones, son système Android équipant 85% des nouveaux smartphones, le solde étant détenu par Apple et son iPhone. Mais Google veut aller plus loin, via une nouvelle version d’Android, baptisée P, qui proposera davantage aux utilisateurs… en utilisant davantage leurs données. La version P suggérera des applications utiles en fonction de la localisation et de l’heure, la navigation générale sera simplifiée et il sera possible d’utiliser des services d’une application – comme la commande d’une voiture via Uber – sans ouvrir le programme.

Android P sera disponible cet automne. Et pas seulement sur les téléphones Nexus et Pixel proposés par Google lui-même: des fabricants tels OnePlus ou Sony. Jusqu’à présent, Google n’a pas réussi à résoudre le problème de la fragmentation d’Android: ses partenaires Samsung, Sony, LG ou Huawei mettaient des semaines, voire des mois, à proposer des mises à jour d’Android à leurs utilisateurs. Ainsi, la dernière version d’Android, baptisée Oreo, n’équipe que 5,7% des smartphones dotés du système de Google, alors qu’elle a été lancée en juillet 2017. En face, 76% des iPhone en circulation tournent aujourd’hui avec la version 11 du système iOS, lancé en automne dernier.

Reconnaissance des objets

Pour lutter contre cette fragmentation, Google lancera aussi la semaine prochaine sur plusieurs smartphones (LG, Motorola, Sony, Nokia, Asus, OnePlus…) son application Lens, capable de reconnaître des objets via le capteur photo. Cette application sera par exemple capable de reconnaître des objets, tels des habits, et d’en proposer d’autres qui peuvent être achetés sur internet. Lens pourra aussi faire du copier-coller depuis une note manuscrite ou imprimée, en reconnaissant le texte pris en photo et en l’enregistrant dans le smartphone.

Google veut aussi permettre à l’utilisateur de reprendre le contrôle de sa vie numérique en créant un «tableau de bord», soit des commandes permettant par exemple de limiter le temps passé sur certaines applications, de savoir combien d’alertes a envoyé une application ou de rendre moins visible un programme jugé chronophage. «Il y a une pression croissante qui pousse à répondre immédiatement» à toutes les sollicitations venues du téléphone, mais «nous avons l’occasion de faire mieux» et de passer de «la peur de manquer quelque chose» à «la joie de manquer quelque chose», a affirmé Sundar Pichai.

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Composition automatique

L’application Maps, jugée par les observateurs meilleure que celle d’Apple (Plans), conservera son avance, en proposant une superposition d’images, en réalité augmentée, pour se repérer plus précisément, par exemple à la sortie du métro. Et le service de messagerie Gmail, qui avait déjà fait l’objet d’une mise à jour il y a dix jours, s’enrichit d’un nouveau service, «smart compose», qui proposera à l’utilisateur de terminer ses phrases en fonction des deux ou trois premiers mots écrits. Ce service sera d’abord proposé en anglais.

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