Le PDG de Toyota, Akio Toyoda, a affronté mercredi les critiques des parlementaires américains lors d’une deuxième journée d’audition au Congrès sur les rappels massifs du constructeur automobile japonais, avec humilité et sans ciller.

«Je crains que le rythme auquel nous nous sommes développés ait pu être trop rapide», a admis, en anglais, M. Toyoda dans une allocution devant la Commission de surveillance et de réforme du Congrès. «Je regrette que cela se soit traduit par les problèmes de sécurité décrits dans les rappels que nous avons effectués aujourd’hui» a poursuivi le petit-fils du fondateur du constructeur automobile japonais devenu l’an dernier numéro un mondial du secteur.

Depuis l’automne, Toyota a rappelé près de neuf millions de véhicules dans le monde, dont six millions aux Etats-Unis, principalement en raison de problèmes d’accélération inopinée.

Les excuses de Toyota

Poursuivant en japonais, il a répété être «profondément désolé pour toute blessure que des conducteurs de Toyota ont pu subir» et a présenté ses condoléances aux familles de ceux qui ont perdu la vie au volant d’une Toyota.

Les plaintes de conducteurs recensées par l’agence de sécurité routière américaine font état d’une trentaine de décès au cours d’accidents dans des véhicules Toyota peut-être liés à ces accélérations soudaines.

Au cours d’une audition par moment vindicative, un représentant a dit à M. Toyoda avoir «honte pour lui», une autre a parlé d’ «accélération inopinée de la mort». «Nous allons écouter les plaintes de clients très humblement» a répondu M. Toyoda.

Avec à ses côtés le président de Toyota aux Etats-Unis, Yoshimi Inaba, il a aussi assuré avoir la certitude qu’il n’y a «pas de problème avec les systèmes électroniques d’accélération» des véhicules du groupe.

Evoquant un expert, David Gilbert, qui a affirmé mardi devant une précédente commission avoir mis en évidence des problèmes électroniques dans des véhicules Toyota, M. Inaba a dit qu’il serait «heureux de le rencontrer et d’écouter sa méthodologie», estimant toutefois qu’il semblait avoir manipulé le véhicule testé de façon «très irréaliste».

Les autorités américaines trop laxistes?

Le président de la Commission, Edolphus Towns, avait ouvert l’audition mercredi en rappelant un accident intervenu en août 2009 à San Diego, en Californie, au cours duquel un policier a trouvé la mort au volant d’une Lexus, marque du groupe Toyota, avec trois membres de sa famille. «Attendez... Attendez... Attendez.. Priez... Priez», avait dit ce policier avant que sa voiture, qu’il ne parvenait pas à stopper, s’écrase.

Edolphus Towns a estimé que la réaction de l’agence américaine de sécurité routière (NHTSA) aux 2.500 plaintes de consommateurs qu’elle avait reçues depuis 2000 sur des accélérations involontaires de véhicules Toyota semblait «très limitée».

Le secrétaire américain aux Transport Ray LaHood, a défendu l’action de la NHTSA, qui dépend de son ministère. Il s’est toutefois retrouvé en difficulté alors que de nombreux parlementaires ont estimé que des défauts des systèmes électroniques de Toyota étaient probablement à la source des problèmes d’accélération involontaires, plutôt que dans des tapis de sol ou des pédales défectueuses, comme l’affirment le constructeur et la NHTSA. «Sur la question de l’électronique, il semble que nous fonctionnions à l’aveugle», a noté un représentant.

L’agence a ouvert une enquête sur les problèmes électroniques potentiels et M. LaHood a affirmé que ses services voulaient étudier «les informations fraîches» évoquées pendant les auditions.

Il a aussi déploré que les véhicules Toyota disposent d’une «boîte noire» ne pouvant être lue que par des employés de Toyota et non par les autorités, comme c’est le cas chez les autres fabricants.

Le Japon réclame des mesures

Le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama a appelé jeudi le constructeur automobile Toyota à assurer la sécurité de ses voitures, au lendemain de l’audition de son PDG au Congrès américain.

«J’attends de l’entreprise qu’elle porte toute son attention sur la sécurité et continue d’améliorer ce qui peut l’être, parce que cela met en jeu la vie des personnes», a déclaré M. Hatoyama devant des journalistes. «C’est bien que le président lui-même se soit présenté pour témoigner au Congrès (américain). Mais cela ne veut pas dire que le problème est terminé», a-t-il ajouté.