Combien? A quelques jours des premières discussions entre la Suisse et la Grèce sur la faisabilité d’un accord fiscal de type «Rubik», la question taraude tant Berne que Zurich et Genève. Quelle est l’importance des avoirs grecs dans les banques suisses? Et quelle part d’entre eux est déclarée? «Dans ce dossier, ce flou constitue notre principale faiblesse», confie un collaborateur du Secrétariat d’Etat aux questions financières, précisant que la réunion de la semaine prochaine sera d’abord de nature technique. «Nous n’en sommes pas au stade des négociations formelles», ajoute-t-il.

Première réponse des experts interrogés par Le Temps: on ne sait pas, mais le chiffre de 350 milliards de francs, avec un rythme de d’afflux de 15 milliards chaque année, selon Athènes, est totalement exagéré, s’accordent-ils tous à dire. La semaine dernière, le Financial Times Deutschland parlait de 200 milliards de francs. «Totalement hors de proportion», s’exclame un financier proche des milieux­ d’affaires grecs. «200 milliards, c’est presque autant que les avoirs allemands en Suisse», sourit un autre expert souhaitant conserver l’anonymat.

Côté statistiques, les chiffres de la Banque nationale suisse disent que les Grecs avaient 2,7 milliards de francs déposés dans les banques suisses à fin 2010. Viennent s’y ajouter les dépôts fiduciaires, «une solution a priori prisée pour les fonds non déclarés», avance un expert. Les Grecs en détenaient pour 1,2 milliard, au 31 décembre dernier. Ces chiffres ont beau être officiels, ils ne prennent pas en compte les papiers-valeurs – actions, obligations, fonds, etc. «La proportion de cash dans les portefeuilles des Grecs est très élevée, d’environ 60%», précise toutefois un cadre bancaire à Genève. «Les clients grecs en gardent plus que la moyenne parce qu’en raison de la situation dans leur pays ils veulent disposer rapidement de capitaux pour leur entreprise, au cas où», analyse notre interlocuteur.

Selon une vaste étude du courtier Helvea, les Grecs ont placé 24,2 milliards de francs dans les banques suisses. Dont seulement 200 millions (1%) seraient déclarés. Ce chiffre fait référence. Les milieux bancaires n’ont en tout cas jamais pris la peine de démentir.

Mais l’étude date de 2009. Depuis, la crise grecque s’est aggravée et la fuite de capitaux accélérée. «L’incertitude a incité les Grecs à parquer plus de fonds en Suisse, ces deux dernières années. Et il y en aura d’autres», confirme Anastasios Frangulidis, chef économiste de la Banque cantonale de Zurich. «Si la Grèce fait défaut et qu’elle retourne à la drachme, il vaudrait mieux pour eux que leurs actifs soient ailleurs», résume-t-il sans ironie. Sur la seule année 2010, plus de 33 milliards d’euros ont été retirés des coffres des banques grecques, selon la banque centrale. Mais dans le pays, ils sont nombreux à considérer ce chiffre comme conservateur. La fédération grecque des entreprises affirme quant à elle que le manque à gagner fiscal dépasse 22 milliards d’euros chaque année.

Alors qu’en Grèce l’évasion fiscale est souvent qualifiée d’endémique, voire de sport national, la pression sur Berne se fait de plus en plus pressante. Logique mais paradoxal, alors que, depuis plusieurs années, la Suisse demandait à Athènes de signer une nouvelle convention de double imposition (CDI). Sa requête n’a pas trouvé d’écho auprès du gouvernement précédent, expliquait Eveline Widmer-Schlumpf en juin, alors que, en vue de se conformer aux exigences de l’OCDE, la ministre des Finances annonçait la ratification d’une CDI avec la Grèce.

En mai déjà, le gouvernement grec annonçait le début de négociations avec la Suisse pour bénéficier du système d’impôt libératoire, dit «Rubik». Mais Berne voulait d’abord boucler les accords avec l’Allemagne et le Royaume-Uni C’est désormais chose faite.

Alors que la Grèce, pour recevoir une nouvelle aide de 8 milliards d’euros, doit accepter de nouveaux sacrifices, «négocier «Rubik» avec Athènes serait une façon efficace et rapide de nous montrer solidaires», selon un diplomate suisse proche de l’UE.

Les 24,2 milliards calculés par Helvea font référence. Les banques n’ont en tout cas jamais démenti