Crise et austérité

La convergence entre le nord et le sud de l’Europe est menacée

La crise a mis le modèle social européen en danger. Même en Allemagne, douze millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté

Le rattrapage économique du sud de l’Europe est menacé

Etudes La crise a mis le modèle social européen en danger

Même en Allemagne, douze millions de personnes vivent au-dessous du seuil de pauvreté

Que la crise qui sévit en Europe depuis 2008 ait appauvri des millions de familles, c’est une évidence. Fait nouveau: les inégalités se creusent non seulement à l’intérieur des pays, mais aussi entre les Vingt-Huit. Et le phénomène se manifeste non seulement au niveau du pouvoir d’achat des citoyens, mais aussi sur les investissements sociaux comme la formation et l’éducation. Une Europe sociale à deux vitesses est en marche, prévient une étude publiée lundi par Friends of Europe, un influent centre d’analyses économiques basé à Bruxelles.

L’étude a été commanditée à 25 personnalités ayant toutes participé d’une façon ou d’une autre à la construction européenne. Ils viennent d’horizons très différents: anciens commissaires européens, anciens ministres, patrons, syndicalistes et représentants de la société civile. Fait inhabituel: ils sont unanimes à mettre en garde contre la fin de l’Etat providence.

L’Etat providence? «Il n’est pas mort, répond au Temps Frank Vandenbroucke, ancien vice-premier ministre belge chargé des Affaires sociales et chef de file de cette étude. Il est vrai que les Etats, face à des contraintes budgétaires, doivent faire des choix. Mais ce qu’on dépense dans le capital humain n’est pas seulement une question de coûts. Il s’agit des investissements qui peuvent doper la croissance.»

Dans ce contexte, les 25 sages saluent le plan d’investissement de 300 milliards d’euros de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. En revanche, préviennent-ils, les milliards ne doivent pas uniquement être dépensés dans les infrastructures (chemins de fer, réseau électrique), mais aussi dans le capital humain. Frank Vandenbroucke fait remarquer que le fossé en matière de dépenses sociales se creuse au fil des années à l’intérieur de l’Union. «En matière d’alphabétisation, par exemple, les inégalités montrent qu’il y a un potentiel de rattrapage entre pays, mais aussi entre les pays européens et les Etats-Unis. «Si la nouvelle Commission applique une vision large du plan d’investissement, nous pourrions même faire mieux que les Etats-Unis.» L’ancien vice-premier ministre belge fait encore remarquer que la convergence des années 1990 en matière d’investissement social entre le nord et le sud de l’Europe rétrécit. «Pour la première fois, on constate une divergence, ce qui est en contradiction avec les objectifs légitimes de l’Union», dit-il.

Frank Vandenbroucke refuse toutefois de parler d’échec. «Le projet européen a été jusqu’en 2008 un facteur de convergence vers le haut en matière de sécurité sociale, de mobilité, d’éducation et de développement, dit-il. La crise de 2008 a détruit en partie le résultat de cette convergence.»

Friends of Europe n’est pas la seule organisation à tirer la sonnette d’alarme. Une étude publiée la semaine dernière par l’association allemande Paritätischer Wohl­fahrtsverband a révélé que 12 millions d’Allemands (sur 70 millions) vivaient au-dessous du seuil de pauvreté. Les statistiques montrent aussi que 25% de la population européenne était menacée de pauvreté et d’exclusion sociale en 2013.

Et lundi, France Stratégies, organe de réflexion et de propositions rattaché au bureau du premier ministre français, est allé dans le même sens en mettant en garde contre des «modèles de croissance et sociaux très différents, inégalement soutenables et compatibles».

25% de la population européenne était menacée de pauvreté et d’exclusion sociale en 2013

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