Le commerce de proximité et l’artisanat ont visiblement la cote. Suffisamment du moins pour qu’un chantre de la grande distribution comme Coop s’empare du créneau pour son nouveau format de magasin lancé mercredi à Lausanne.

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Baptisée Fooby, une marque qui n’existait que virtuellement jusqu’à présent sous forme d’application de conseils en cuisine, l’enseigne a été inaugurée devant la presse, avec toute une scénographie: fabrication de pain et de saucisses en direct, fumage de poissons et baristas qui torréfient leur café. «En l’honneur de l’histoire des lieux», qui abritaient le théâtre du Kursaal, un music-hall du début du XXe siècle mué ensuite en cinéma, en plein centre-ville de Lausanne, s’est réjoui Joos Sutter, directeur de Coop.

Pourquoi ici? Par opportunisme: «Il y avait d’abord ce bâtiment, idéalement situé. Ainsi que la motivation de créer quelque chose de nouveau, dans une région comme la Romandie, où la culture culinaire est très développée», indique Joos Sutter, sans chiffrer le montant de l’investissement. Le canton de Vaud est en outre suffisamment vaste pour offrir un bassin de producteurs assez grand pour répondre aux ambitions du détaillant.

«Pas gagné d’avance»

Car dans les étals de la dénommée «place du marché», les barquettes habituelles côtoient entre autres les huiles et moutardes du moulin de Sévery et les sirops du Jardin des Monts de Rossinière. «Nous proposons aussi des poissons des lacs Léman et de Neuchâtel et des viandes de producteurs vaudois», se félicite Patrick Angeloz, directeur des achats pour Coop en Suisse romande.

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C’est lui qui s’est chargé de sélectionner les artisans. «Ce n’était pas gagné d’avance», nombre d’entre eux ont refusé de voir leur nom associé au géant de la distribution, concède-t-il, refusant de les citer. «Pour les convaincre, nous leur avons notamment garanti que leurs produits ne seraient pas vendus moins cher que chez eux», indique Patrick Angéloz.

Le responsable, qui travaille depuis vingt-deux ans chez Coop, a complètement revu sa manière de travailler. «Les contrats sont négociés au cas par cas, parfois oralement. Les volumes sont aussi plus réduits.» Question transparence cependant, on reste sur sa faim, les noms des éleveurs et des pêcheurs ne sont pas mentionnés: «Ces produits nous sont livrés par notre filiale Bell et le négociant en poissons Santos, pour des questions de normes d’hygiène et de garantie de la chaîne du froid.»

Curieux au rendez-vous

La clientèle haranguée à renfort de coupons de réduction sur le marché – le vrai – de la Riponne se presse dans les rayons, dès l’ouverture officielle au public. Peut-être attirés aussi par les effluves de pain, où «même la pâte à croissants est faite maison», annonce fièrement Joos Sutter. Ce à une centaine de mètres à peine des rares boulangers qui n’ont pas cédé à l’industriel sous la pression des prix de la grande distribution et qui font figure de survivants.

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