Une année 2003 «vraiment radieuse», résumait Hansueli Loosli, le président de la direction générale du groupe Coop, numéro deux helvétique du commerce de détail, devant les médias mardi au siège du groupe à Muttenz. L'intégration de Waro et EPA – les deux gros chantiers de Coop l'an dernier – a toutefois pesé sur la rentabilité opérationnelle du groupe. Ce dernier a vu sa marge d'exploitation fléchir à 3,7% du produit net en 2003 (contre 4,1% en 2002). Grâce à une réduction de la perte financière, Coop a toutefois pu légèrement améliorer son bénéfice net (+3%) à 341 millions de francs en 2003. Dans le même temps, son concurrent Migros – leader du marché – a réussi à doubler son bénéfice net (+109%) à 372 millions de francs, à la faveur de résultats financiers positifs, ainsi que d'une légère amélioration de la rentabilité opérationnelle.

Si le groupe Coop a nettement augmenté ses parts de marché l'an dernier, en particulier dans le secteur alimentaire, il le doit surtout aux acquisitions. A cet égard, la transformation des points de vente Waro en supermarchés Coop, en Mégastores ou encore en magasins spécialisés Tip Top (ameublement) ou Interdiscount (électronique de loisirs) est en voie d'être achevée. En revanche, le remplacement des enseignes EPA par des grands magasins Coop City ne devrait se terminer qu'à fin janvier 2005.

Fort de ces acquisitions, le produit brut du groupe Coop a donc bondi de 5,9% à plus de 15 milliards de francs l'an dernier, alors que son chiffre d'affaires augmentait de 6,5% à 14,64 milliards de francs dans le commerce de détail. Même sans les acquisitions, Coop affirme avoir enregistré en 2003 un taux de croissance net de 1,6%. Face à une concurrence très disputée sur le marché du commerce de détail alimentaire, Coop a tiré son épingle du jeu l'an dernier, précédé de Denner (+11,1%), suivi de Pick Pay (+3,4%) et de Migros (+3%), soit au détriment des enseignes Manor, Globus (rattaché au groupe Migros) et Primo/Visavis.

«Bio», un choix forcé?

Le groupe Coop doit une part non négligeable de sa progression à ce qu'il désigne par ses «marques de confiance». Dans le segment «bio» par exemple, les ventes des quatre lignes de produits Naturaplan, Naturaline, Oecoplan et Max Havelaar se sont accrues de 15% l'an dernier. Avec de fortes avancées en Suisse romande et au Tesssin, où le succès de ces labels avait été plus discret précédemment. Coop entend d'ailleurs porter le chiffre d'affaires de cette gamme de produits à 2 milliards de francs d'ici à 2010.

Répondant à une journaliste, Hansueli Loosli a d'ailleurs admis que le consommateur pouvait se voir parfois imposer des produits «bio» (ndlr: plus rentables). Mais le patron de Coop d'assurer que «cela ne concerne que les petites succursales. Car nous nous efforçons de laisser le choix à la clientèle». Pareille critique a été exprimée à propos de la «marque de confiance» Betty Bossy, dont la ligne de produits traiteur a généré un chiffre d'affaires de 360 millions de francs l'an dernier. Les «labels de confiance» ont généré en 2003 17% des ventes de Coop, alors que la part des articles de marques s'est élevée à 56%, et celle des articles vendus sous la marque Coop à 27%.

Face aux tests positionnant Migros comme champion des prix, le patron de Coop a tenu à souligner que les produits de son assortiment ont baissé en moyenne de 0,6% l'an dernier et que la tendance à la baisse des prix devrait se poursuivre cette année.

Alors que se répandent les rumeurs attribuant au discounter allemand Lidl des projets d'expansion en Suisse, Migros a développé sa gamme M-Budget pour damer le pion à la concurrence dans ce segment. Coop «ne veut pas se laisser entraîner dans une dangereuse spirale de baisse, suivie d'une diminution de la qualité. C'est pourquoi nous renonçons à introduire une ligne de produits à prix cassés pour nous concentrer sur notre différence», souligne Jürg Peritz, qui dirige depuis peu CCM/Achat de Coop. Pour l'exercice 2004, Hansueli Loosli table sur une progression des ventes de 2% à 2,5%. Celles-ci ont augmenté de 2% au cours du 1er trimestre 2004, soit nettement moins que celles de Migros. Ce dernier a en effet fait état voici bientôt deux semaines de ventes en hausse de 4,2% pendant cette période.