«Sans la Suisse, Coopetrabasur n'existerait pas. 40% de nos exportations sont dirigées vers ce pays», lance Carlos Vargas, porte-parole de l'unique coopérative costaricaine productrice de bananes Max Havelaar. En moyenne, 4000 cartons de bananes à 7,75 dollars l'unité quittent chaque semaine Coopetrabasur pour la Suisse. Ils sont vendus par Migros et Coop environ trois semaines après la récolte. Entre janvier et début octobre 2004, 153 371 cartons sont partis de la coopérative vers Coop, 59 025 en direction de Migros, soit un chiffre d'affaires avoisinant 2 millions de francs.

Les plantations, propriété de la coopérative, s'étendent sur 223 hectares, au sud-est du Costa Rica, à quelques kilomètres de la frontière panaméenne. Pour des raisons logistiques, près de 170 agriculteurs travaillent le dimanche. «Un seul bateau part chaque semaine, le mardi, vers l'Europe. En raison des délais de livraison, les agriculteurs doivent travailler le dimanche et prennent leur jour de congé le mercredi. En ce moment, des discussions ont lieu entre ceux qui veulent travailler le dimanche et les autres», relève Carlos Vargas. «Le plus grand problème est d'ordre logistique», renchérit Gregorio Carranza, président de Coopetrabasur.

Au sein de la coopérative, les horaires de travail sont différents de ceux des multinationales (ndlr: 48 heures par semaine au minimum, six jours sur sept, selon la loi en vigueur au Costa Rica). Lors des récoltes, certains travaillent plus de dix heures quotidiennement, mais trois ou quatre jours par semaine. «Les travailleurs sont des associés. Ils choisissent leur temps de travail et ne peuvent être licenciés», explique Carlos Vargas.

La production est aussi inférieure: elle atteint en moyenne 2300 cartons par hectare pour Coopetrabasur, contre 2800 dans le cas de la plantation Finca Tropico de Chiquita (LT du 25.10.04). «Sur le fond, le travail est assez identique à celui que j'ai effectué pour Chiquita pendant seize années. Mais ici, il est moins pénible, dit Enrique Diherez, superviseur panaméen de Coopetrabasur. Je vérifie le calibre et la qualité des bananes produites sur une surface de 100 hectares. Pour Chiquita, elle atteignait presque 300 hectares.» Le salaire mensuel moyen atteint 440 francs et comprend une prime versée aux associés.

L'histoire de Coopetrabasur, fondée en 1980, est singulière. Auparavant, les plantations appartenaient à Chiquita. A la fin des années 70, des vents les ont détruites, et la multinationale a décidé de partir. Le gouvernement costaricain a récupéré les terres et organisé une coopérative composée de 70 agriculteurs. «Jusqu'en 1995, Chiquita rachetait des bananes de la coopérative. Ensuite, le contrat avec la multinationale a pris fin», raconte Carlos Vargas. Dès ce moment, Coopetrabasur a décidé de se tourner progressivement vers le commerce équitable. Objectif à long terme: un plan de production élaboré avec une gestion rationnelle de l'usage des pesticides, en fonction des plantes, du sol et du taux de contamination, par exemple aux vers ou aux champignons.

«Les applications de pesticides et contrôles doivent être consignés. En cas de problème, tout peut être ainsi vérifié», explique Constantin Kostyal, responsable des fruits pour la Fondation Max Havelaar en Suisse. Ce changement a un coût. «Pour améliorer la qualité de nos bananes, nous avons investi près de 200 000 francs dans de nouvelles infrastructures et engagé du personnel spécialisé dans la gestion des pesticides. Leur utilisation a diminué, la productivité aussi. Les herbicides sont prohibés. A la place, des hommes ôtent les mauvaises herbes à la main. Quant aux neumaticides, destinés à combattre un ver microscopique qui s'attaque aux racines des bananiers, nous ne les utilisons qu'une fois par année», explique Huascar Blanco, responsable qualité de Coopetrabasur.

Ces investissements ont permis à la coopérative d'obtenir la certification Eurepgab en mars 2003, synonyme de bonnes pratiques agricoles, selon les exigences formulées par une cinquantaine de grands supermarchés en Europe. Le prochain défi est agendé en 2005. Pour obtenir le label ISO 9001, près de 250 000 francs sont investis sur deux ans. Les processus internes et administratifs de Coopetrabasur seront ainsi certifiés.