Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Une femme Nord-Coréenne travaille dans une usine textile de Pyongyang, juillet 2014.
© Maye-E Wong/AP Photo

Commerce

La Corée du Nord, nouvelle terre d’opportunités?

La détente récente entre le régime ermite et le reste du monde a ouvert l’appétit des investisseurs. Ils espèrent profiter de l’émergence d’une nouvelle classe moyenne et des besoins en infrastructures du pays. Les échanges avec la Suisse restent toutefois confidentiels

Depuis le sommet singapourien de Donald Trump et de Kim Jong-un, les relations entre la Corée du Nord et le reste du monde se sont détendues. Cela a ouvert de vastes opportunités sur le plan économique. «Ce pays présente un potentiel immense pour les investisseurs étrangers, juge Jesper Koll, un économiste auprès de WisdomTree à Tokyo. Sur les dix prochaines années, il pourrait attirer 6000 à 8000 milliards de dollars d'investissements.»

Les firmes japonaises, coréennes et chinoises vendant des biens de consommation sont en première ligne pour en profiter. L’apparition dès les années 1990 de marchés privés opérant dans une zone grise tolérée par l’Etat a fait émerger une classe de marchands – surnommés Donju ou «seigneurs de l’argent» – qui ont les moyens de se payer de la nourriture ou des vêtements importés.

Le cas des Choco Pie est emblématique. Ce gâteau au chocolat et au marshmallow était régulièrement distribué aux employés nord-coréens de Kaesong, une zone économique spéciale hébergeant des entreprises sud-coréennes qui a vu le jour en 2002. «Mais au lieu de les manger, ces derniers les revendaient, raconte Wook Yoo, un avocat auprès du cabinet Bae, Kim & Lee à Séoul. Très vite, ils sont devenus un véritable phénomène de mode.»

Les coréens Lotte et Samsung et les japonais Mitsubishi et Hyundai ont déjà créé des groupes de travail pour étudier une implantation sur le marché nord-coréen. Certains y sont déjà, à l’image de la chaîne de fast-food Samtaesong, créée par un Singapourien, ou de Miniso, une marque sino-japonaise vendant des accessoires de mode qui a ouvert un magasin à Pyongyang en juin 2017.

La Suisse exporte des produits laitiers…

La Suisse n’est pas en reste: en 2017, elle a écoulé pour 5,3 millions de francs de biens en Corée du Nord, un chiffre comparable aux cinq années précédentes. Les produits laitiers et le fromage figurent en tête des exportations helvétiques, avec les montres. Mais la liste comprend aussi des fauteuils de dentiste, des trombones, des skis, des jumelles ou du sperme de taureau.

La Corée du Nord a en outre le potentiel de devenir un hub pour la production de biens textiles ou électroniques, ainsi que pour l’outsourcing de services informatiques. «Les salaires y sont plus bas que dans le reste de l’Asie, note Jesper Koll. Les producteurs japonais de vêtements ont déjà commencé à déplacer leur production de la Chine vers le Cambodge ou le Bangladesh. La Corée du Nord pourrait être leur prochaine destination bon marché.»

Il pense que le pays adoptera le modèle des zones économiques spéciales – qui permettent d’entrouvrir la porte aux investisseurs étrangers sur un territoire géographique limité – développé par la Chine dans les années 1980. Outre celle de Kaesong, il en exploite déjà une à Rason, au nord du pays. Une entreprise de Corée du Sud y fabrique des chaussures de football.

… et importe des anoraks

Le pays possède aussi plusieurs usines de fruits de mer et de textile. La Suisse, qui importe en moyenne 1 million de francs de biens nord-coréens par an depuis 2010, achète des anoraks et des manteaux produits dans le régime ermite. Ainsi que des patères, du plexiglas et des perles de verre.

Les besoins importants en matière de routes, de ports et de réseaux électriques représentent une autre opportunité pour les groupes étrangers. «Les fabricants de trains à grande vitesse japonais ou chinois ont une carte à jouer», pense Jesper Koll. Tout comme les exportateurs de pétrole russe. Le président de Corée du Sud, Moon Jae-in, a récemment évoqué la construction d’une voie de chemin de fer et d’un pipeline reliant son pays à la Russie via la Corée du Nord.

«Le pays possède en outre de riches ressources minières, notamment du charbon, du fer et des terres rares, indique Sejin Kim, un autre avocat chez Bae, Kim & Lee. Leur valeur est estimée à 7000 milliards de dollars.» En 2014, la Suisse a importé une quantité importante de ferrosilicium, un métal, depuis la Corée du Nord.

De multiples obstacles

Mais investir dans le régime staliniste ne sera pas une partie de plaisir. «Tant que les sanctions décrétées par l’ONU n’auront pas été levées, il sera presque impossible de faire des affaires avec la Corée du Nord», dit Jesper Koll. L’absence de main-d’œuvre qualifiée et les coupures de courant fréquentes représentent d’autres obstacles.

«Le système légal n’est pas non plus adapté, dit Wook Yoo. Il n’existe par exemple pas de système de résolution des disputes, ce qui génère beaucoup d’incertitude pour les investisseurs.» Certaines entreprises en ont fait les frais. L’égyptien Orascom a formé une coentreprise avec Pyongyang à la fin des années 2000 pour bâtir un réseau cellulaire dans le pays. Mais il n’a jamais pu rapatrier les profits générés en Corée du Nord.

Le groupe minier chinois Xiyang s’est quant à lui fait confisquer par le gouvernement une mine inaugurée en 2012. Une station de ski opérée par Hyundai a subi le même sort. Les 123 entreprises œuvrant à Kaesong estiment qu’elles ont perdu 1,3 milliard de dollars lorsque cette zone spéciale a subitement fermé ses portes en 2016, à la suite de la reprise des tensions diplomatiques entre les deux Corées.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo economie

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

Candidate au prix SUD de la start-up durable organisé par «Le Temps», la société Oculight est une spin-off de l’EPFL qui propose des aides à la décision dans l’architecture et la construction, aménagement des façades, ouvertures en toitures, choix du mobilier, aménagement des pièces, pour une utilisation intelligente de la lumière naturelle. Interview de sa cofondatrice Marilyne Andersen

«Nous tirons parti de la lumière pour améliorer le bien-être des gens»

n/a
© Gabioud Simon (gam)