La Corée est la première économie à être sortie de la crise asiatique. Malgré l'effondrement au milieu de l'année de Daewoo, le deuxième conglomérat du pays, la production a augmenté de près de 11% en 1999. Et, pourtant, le rapport annuel de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié mardi souligne que «des problèmes subsistent, notamment dans le secteur financier et le secteur des sociétés». Même si de nombreux indicateurs tels que le redressement de la balance courante, l'importance des réserves de changes (90 milliards de dollars au mois de mai 2000) ou l'appréciation du won (+13% par rapport au dollar depuis le début de l'année) sont au vert, la Corée se doit de poursuivre les réformes structurelles qu'elle a commencées il y a trois ans. Les premiers signes d'un enlisement à la Bourse de Séoul sont perceptibles. Depuis le début de l'année, l'indice KOSPI des entreprises vedettes de l'économie coréenne a perdu 22,5%.

Avant la crise financière asiatique, le marché du travail coréen était caractérisé par une expansion rapide de l'emploi, des taux d'activité croissants et un faible chômage. Le rapport emploi-population équivalait à la moyenne de l'OCDE, tandis que le taux de chômage de 2% était le plus faible de la zone. La crise financière de 1997 est venue assombrir ce tableau. En changeant la donne, elle a forcé les chaebols, ces grands conglomérats coréens qui produisent des grands bateaux comme des petits trains, à se restructurer.

La force de ces empires tenait au niveau élevé de participation interne, c'est-à-dire à la fortune et aux avoirs de la famille fondatrice, ce qui permettait aux propriétaires-dirigeants de garder les rênes de leur groupe et de faire appel, lorsque du capital frais était nécessaire, au financement par l'emprunt. Hyundai, par exemple, avait encore en janvier 1999 un taux d'endettement par rapport à sa capitalisation (debt-to-equity ratio) de 374%! Les performances économiques de ces dernières années étaient ainsi étroitement liées à la croissance de la dette des entreprises et aux surcapacités de production.

Afin que les réformes puissent aboutir, l'OCDE préconise, par exemple, de renforcer le droit des actionnaires, d'exiger le recours à des administrateurs externes et de clarifier les responsabilités des directeurs. Cette volonté de transparence a abouti à un «code de bonne conduite». La Bourse de Séoul exige maintenant des sociétés inscrites à la cote que celles-ci fournissent des informations détaillées sur les progrès réalisés afin de se conformer à ce code.

Libéraliser les trois marchés

Selon l'OCDE, les efforts doivent aussi se porter sur l'ouverture à la concurrence de secteurs clés. La Korea Electric Power Company a été sommée de privatiser des unités de production mais, d'après les experts, les consommateurs coréens ne bénéficieront d'une baisse des tarifs qu'à partir de 2009. De l'autre côté, Korea Telecom, contrôlée à 59% par l'Etat, détient encore une part prépondérante des marchés local, interurbain et international. Un projet de libéralisation de ces trois marchés est à l'étude au sein du gouvernement. D'après l'OCDE, «il faut en priorité réduire l'intervention gouvernementale dans les plans d'activité et d'investissement des sociétés de télécommunication et mettre en place une autorité de régulation indépendante» .