Premier impact d’ampleur du coronavirus chinois sur l’horlogerie suisse: Time to Move n’aura pas lieu. Selon des sources concordantes du Temps, Swatch Group a décidé lundi d’annuler son événement du début du mois de mars durant lequel les marques haut de gamme du groupe biennois devaient présenter leurs nouveautés.

Plus tard dans l’après-midi, Swatch Group a confirmé cette information par voie de communiqué de presse. «Au vu de l’incertitude liée à la propagation du coronavirus 2019 nCoV, et afin de garantir le bien-être de nos invités, partenaires et collègues, Swatch Group a décidé de ne pas maintenir l’événement Time to Move prévu à Zurich du 4 au 6 mars 2020», écrit-il.

La décision a été prise lundi matin. Les responsables des différentes marques ont été unanimes. Harry Winston, Omega, Blancpain, Breguet, Jaquet Droz et Glashütte Original organiseront d’autres événements sur les marchés au fil de l’année pour remplacer ce Time to Move. «Ce afin d’éviter à nos partenaires de voyager à l’international dans un climat d’insécurité», souligne encore Swatch Group.

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Souvenirs de Bâle 2003

Le souvenir de la foire de Bâle 2003 – durant laquelle les visiteurs asiatiques avaient dû rester à Zurich pour endiguer la propagation du SRAS – est encore vif dans toutes les mémoires. «C’était une foire morte et Swatch Group a certainement voulu éviter une rencontre du même type», commente un spécialiste de l’industrie.

L’an dernier, le groupe aux 17 marques horlogères avait décidé de lancer son propre événement pour remplacer la foire de Bâle. Durant l’été 2018, Swatch Group avait en effet claqué la porte du rendez-vous bâlois pour cause de dissensions avec les organisateurs. En 2019, durant trois jours, quelque 190 journalistes du monde entier avaient fait le déplacement en Suisse pour visiter les différents sites industriels en mains du groupe. Cette année, l’événement aurait dû être centralisé à Zurich.

Incertitudes à Genève…

Les organisateurs des autres salons sont actuellement en train de se poser les mêmes questions. Fabienne Lupo, présidente de la Fondation de la haute horlogerie qui organise le salon Watches & Wonders Geneva (ex-Salon international de la haute horlogerie), dit être en «état de vigilance». Pour l’heure, le salon, qui doit se tenir du 25 au 29 avril 2020, est maintenu mais rien n’est garanti.

«Comme notre salon vient fin avril, nous avons moins la pression du temps que Swatch Group. Nous sommes en lien avec les marchés, avec les autorités, avec les marques et avec Baselworld», note Fabienne Lupo. L’an dernier, les visiteurs en provenance de Chine ont représenté environ 5% des 20 000 entrées.

… ainsi qu’à Bâle

Idem au bord du Rhin. Pour l’heure, le destin du rendez-vous bâlois, qui doit avoir lieu juste après son homologue de Genève, n’a pas été tranché. «On observe très étroitement la situation», affirme Michel Loris-Melikoff. Une décision pourrait être prise dans les deux prochaines semaines, selon lui. «Il n’y a pas de date limite mais l’on souhaite avoir les éléments décisifs le plus vite possible.»

Tous les enseignements tirés de l’étrange édition de 2003 sont en train d’être rassemblés. «Nous devons nous poser toutes les questions au cas où cela empire, tant au niveau des visiteurs que des exposants», déclare-t-il. En 2019, il estime qu’environ 20% des 81 200 visiteurs de la foire étaient d’origine chinoise.

Dépendance asiatique

La comparaison avec l’année 2003 et l’épidémie du SRAS est dans toutes les têtes. Mais il faut relever qu’en vingt ans la Chine a acquis un statut incontournable vis-à-vis de l’industrie horlogère.

Un exemple, puisé dans les statistiques fournies par la Fédération horlogère suisse: en 2000, la Suisse a exporté pour 45 millions de francs de montres dans l’Empire du Milieu (sur un total de 10,3 milliards). En 2018, ce montant s’élevait à 1,717 milliard de francs (pour un total de 21,1 milliards). De manière plus générale, en 2000 l’Asie représentait 3,9 milliards de francs de nos exportations de garde-temps contre 11,2 milliards en 2018.

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