L’objectif est résumé en un chiffre: l’épidémie de Covid-19 et le confinement total de la population française programmé jusqu’au 28 avril devraient coûter au minimum 1% de la croissance économique de 1,2% envisagée pour 2020. Résultat: au mieux une stagnation, voire une récession contre laquelle le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a annoncé le 18 mars un plan massif, soit 45 milliards d’euros (47,6 milliards de francs) pour soutenir les entreprises et les salariés. Avec pour conséquence l’accélération de la dette publique française assurée, dans les douze prochains mois, de dépasser les 100% du PIB.

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Difficile, en revanche, de comprendre à ce stade comment vont être déboursés ces dizaines de milliards et quelle sera la part consacrée aux plus vulnérables: à savoir les indépendants et les employés des PME. Pour l’heure, une seule mesure est effective: l’octroi d’une aide d’urgence de 1500 euros par entrepreneur ou autoentrepreneur, dont la direction générale des finances publiques devrait entamer le paiement dès le début d’avril. Il suffira, pour les intéressés, de remplir une demande. Autre annonce concrète: la création d’un fonds de solidarité doté de 1 milliard d’euros orienté vers les «très petites entreprises, microentreprises et indépendants» et le secteur du voyage.

Bien plus vague, en revanche, est l’attribution du reste de l’enveloppe de 45 milliards. Côté salariés, un poste important de dépense sociale sera la prise en charge par l’Etat français de 70% du salaire brut et de 84% du salaire net des employés en chômage partiel. Pas moins de 37 000 entreprises auraient déjà demandé à bénéficier de ce dispositif, dont la moitié a moins de dix salariés. En sachant que, selon la ministre du Travail, «les entreprises pourront déroger temporairement et avec des compensations ultérieures aux durées maximales du travail et aux règles de repos hebdomadaire et dominicale». En clair: possibilité de mise au chômage partiel facilitée pour les entreprises à l’arrêt, et possibilité pour les autres, surtout dans les secteurs essentiels, d’accroître leur rythme de production.

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La «start-up nation» pas oubliée

Dernier aspect de ce plan, symbolique dans la France «start-up nation» d’Emmanuel Macron: un plan d’aide d’urgence aux entreprises innovantes. Celles-ci pourront obtenir le versement anticipé d’un certain nombre d’aides ou de crédits d’impôt, comme le crédit impôt recherche pour au moins 1,5 milliard d’euros. S’y ajouteront des prêts garantis par l’Etat d’environ 2 milliards et près de 1,3 milliard d’euros «d’aides à l’innovation» en 2020. Avec, à chaque fois, une question que la période de confinement prolongée ne fait que compliquer: sur quelle base les dossiers seront-ils sélectionnés? Et comment s’assurer que cette manne tombera au bon moment, avant une éventuelle faillite?

Plus qu’une accumulation de milliards, c’est le mode d’emploi de ce plan-labyrinthe qui fait aujourd’hui défaut en France, où un autre sujet est revenu sur la table à la faveur du coronavirus-Covid-19: celui d’éventuelles nationalisations de grandes entreprises stratégiques mises en difficulté par l’épidémie. Air France, associée à la néerlandaise KLM, est dans le collimateur.