« Le monde est plus vulnérable aujourd’hui qu’il n’a été depuis un demi-siècle. » L’avertissement vient de Robert Greenhill, du World Economic Forum, qui présentait mercredi le rapport annuel sur les risques. L’instance qui organise le sommet de Davos, qui se déroulera fin janvier, tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme, face à un monde qu’elle juge mal préparée à faire face aux dangers à venir. « La crise financière a vidé les réserves des gouvernements et des ménages, mais les risques sous-jacents n’ont pas disparu », note Robert Greenhill.

Or, ces risques sont nombreux. Il en identifie particulièrement trois majeurs : le crime organisé, la corruption et la fragilité des États ; les risques liés à l’eau, à l’alimentation et à l’énergie ; les dangers des déséquilibres macroéconomiques mondiaux.

L’explosion du prix des matières premières est particulièrement délicate. Le pétrole frôle à nouveau les 100 dollars le baril et les produits agricoles s’envolent. Selon le WEF, ce sont les symptômes d’un problème de long terme : « les demandes d’eau, d’alimentation et d’énergie devraient augmenter entre 30% et 50% pendant les deux prochaines décennies. » Malheureusement, note le rapport, les gouvernements ne semblent pas se préparer au long terme : « il y a eu une crise alimentaire majeure il y a quatre ans, avec des dizaines d’émeutes à travers le monde. Aujourd’hui, les prix augmentent à nouveau, mais les gouvernements ne sont pas plus prêts qu’avant », accuse Robert Greenhill.

Face à ces dangers, le WEF propose une solution qui promet d’être controversée : réduire les interventions des gouvernements pour laisser le marché refléter le vrai prix des matières premières. Pas question de le faire trop brutalement : à court terme, Robert Greenhill ne propose pas de supprimer les aides aux produits de premières nécessité qui existent dans de nombreux pays développés. Mais à moyen terme, la hausse des prix doit permettre de provoquer les investissements nécessaires (augmentation de l’agriculture ou réduction des gaspillages, par exemple).

Concernant le crime organisé –drogue, prostitution, contrefaçons…- le rapport rappelle que 7% à 10% du commerce mondial vient de trafics illégaux : « un monde fortement connecté, des défauts de gouvernance et des disparités économiques font le lit d’activités criminelles. (…) Il est donc urgent de mettre sur pied une forme de coopération internationale efficace. »

Enfin, le dernier grand risque est le plus évident : le déséquilibre économique mondial. Mais derrière le problème du monde émergent créditeur face au monde développé débiteur, le rapport rappelle aussi que se cache une « fragmentation sociale » croissante, elle aussi porteuse de graves risques.