La cotation sur un marché boursier est un exercice exigeant. La PME vaudoise Métraux Services l'expérimente. Pénalisée par le climat d'incertitude marquant actuellement l'économie, l'entreprise a annoncé une révision à la baisse de ses prévisions. La société partage son activité entre l'approvisionnement de garages en pièces détachées pour véhicules de tourisme et poids lourds (division Automotive) et la fourniture de produits chimiques et le recyclage de déchets spéciaux (division Industrie). Le ralentissement des marchés, ajouté à l'accélération de l'intégration de ses opérations en Belgique (fusion de AD Belgium, acquis en février passé, et AD Ernotte), explique cette révision à la baisse. Son chiffre d'affaires devrait ainsi reculer d'environ 5% par rapport aux prévisions. Son bénéfice d'exploitation devrait de son côté enregistrer une baisse de 15% par rapport à 2000.

Cet avertissement sur bénéfices (profit warning), notifié aux investisseurs, s'est présenté comme un exercice d'un genre nouveau pour Olivier Métraux, directeur de Métraux Services. Ce jeune chef d'entreprise (34 ans) n'a en l'occurrence fait qu'appliquer la transparence exigée à l'égard d'une société cotée. Introduit sur le marché suisse le 13 juin 2000 au prix de 300 francs, le titre Métraux Services a depuis perdu plus des deux tiers de sa valeur (99 francs, à la clôture vendredi). Cette chute, ainsi que les constantes exigences imposées par une cotation poussent à s'interroger sur l'opportunité d'une présence à la Bourse suisse pour une PME. Entretien.

Le temps: Quels objectifs aviez-vous en juin 2000 au moment de l'introduction de Métraux Services à la Bourse?

Olivier Métraux: Tenant compte de la taille de notre entreprise, nous nous sommes interrogés durant l'exercice 1999-2000 sur le devenir de notre société. Deux alternatives s'offraient à nous. D'une part, se spécialiser dans un marché de niche ou, d'autre part, grandir afin de nous détacher de nos concurrents. Pour ce faire, il était essentiel que nous renforcions nos fonds propres. Nous avions en effet grandi en réinvestissant constamment nos gains dans l'acquisition d'autres sociétés familiales. Dans cette perspective, un renforcement de notre capital pouvait se réaliser à travers une entrée en Bourse ou une prise de participation d'un capital-risqueur (private equity). La seconde solution impliquait une vision à court terme à laquelle nous n'adhérions pas. Nous avons ainsi privilégié une entrée en Bourse.

– Quelles sont les contraintes qu'implique une cotation sur le marché suisse?

– Au niveau comptable, nous devons réaliser un rapport précis et transparent de notre activité. A ce sujet, nous étions moins réguliers, par exemple pour les chiffres semestriels, à l'époque où nous fonctionnions comme une entreprise familiale. Nous avons également un devoir d'information vis-à-vis des investisseurs.

– Quels avantages retirez-vous de cette présence en Bourse?

– Notre cotation implique une plus grande rigueur. Dans le cas de notre prise de participations en Belgique, par exemple, au-delà de notre intuition, nous avons pris notre décision sur la base d'une analyse financière et juridique très poussée. Par ailleurs, nous faisons aujourd'hui preuve d'une plus grande ouverture dans notre communication interne. Certains de nos collaborateurs sont également nos actionnaires. Cela apporte un centre d'intérêt supplémentaire au sein de l'entreprise. Ils sont fiers de nous savoir cotés.

– Quel sentiment avez-vous à l'égard de l'évolution boursière de votre société?

– J'étais dans un premier temps très touché par les variations du cours de notre titre. Beaucoup de gens s'interrogeaient sur la santé de notre société au vu de sa performance boursière et demandaient des explications. Depuis quelques mois, j'avoue avoir pris une certaine distance avec l'évolution quotidienne du titre. Une certitude en tout cas, les soubresauts de notre action n'ont jamais impliqué un changement de notre stratégie. Nous avons toujours su garder le même cap. Cette rigueur devrait permettre une remontée du cours.

– Avec le recul, estimez-vous que cette décision était la bonne pour l'entreprise familiale que vous étiez?

– Oui. Nous avons tout d'abord bénéficié d'un apport important d'argent frais, soit 58 millions de francs. Cette présence à la Bourse a par ailleurs apporté une dynamique supplémentaire à notre groupe. J'étais conscient des règles du jeu et je les assume pleinement.