Streaming

Dans les coulisses du rachat du neuchâtelois HollyStar

La marque neuchâteloise active dans la vidéo à la demande a suscité l’intérêt marqué de 120 groupes étrangers. Trois surenchères significatives ont été nécessaires avant que son nouveau propriétaire Sky Deutschland ne l’emporte

Le neuchâtelois Homedia n’était pas obligé de céder sa marque HollyStar, dont la mise en vente peut être considérée comme une rareté dans un marché mondial de la vidéo en demande (VOD) appelé à passer d’environ 47 milliards de francs en 2015, à plus de 74 milliards dans 5 ans. Le service de streaming avait encore de la marge pour croître organiquement. Mais c’était avant que le groupe Sky, propriété de Rupert Murdoch, n’articule son offre. La transaction a été officialisée la semaine dernière. Son montant n’a pas été dévoilé.

Lire aussi: «Ce n’est pas l’analyse des bénéfices qui détermine le prix d’une PME, mais bien les motifs de son achat»

«Nous obtenons en moyenne un multiple de 2,5 entre l’offre la plus basse et la plus haute pour chaque opération réalisée», signale Simon Gregory, directeur général de l’antenne suisse de BCMS Corporate, situé à Lausanne. Particularité de cet intermédiaire d’origine britannique, spécialisé dans la vente d’entreprises et qui a piloté l’opération HollyStar: jouer à fond la surenchère, sans jamais valoriser les sociétés dont elle négocie la cession.

Inventaire à la Prévert

Si le géant de la télévision à prépaiement Sky Deutschland a remporté la mise, au terme de 11 mois de tractations, la multinationale n’était pas la seule à s’intéresser de près à la pépite neuchâteloise de la VOD. «Nous avions dressé une liste de quelque 200 acquéreurs potentiels, que nous avons tous approchés individuellement», indique Simon Gregory. Près de 95% d’entre eux n’avaient jamais entendu parler d’HollyStar.

Ce qui n’a pas empêché les demandes d’affluer du monde entier: Chine, Japon, Australie, Etats-Unis, Europe, Kenya, Afrique du Sud, etc. «Au final, des discussions ont été menées avec 120 entreprises candidates, mais seules 24 privilégiées ont pu accéder aux comptes de la start-up neuchâteloise», souligne le responsable de la société, dont les 22 bureaux internationaux ont au total finalisé 97 ventes dans le monde l’an passé, soit une transaction réussie tous les deux à trois jours ouvrables.

A lire: Le marché suisse de la vidéo à la demande sera bientôt bouleversé

Un premier affrontement a débuté au terme de cet écrémage initial. Opposant des secteurs variés: les plus importantes sociétés de télécommunications au monde, les grands groupes de médias d’Europe et d’Asie, des noms connus dans l’industrie audiovisuelle, des majors américaines actives dans le domaine des réseaux sociaux, des entreprises de commerce électronique, etc. «Mais aussi des développeurs de jeu vidéo, des sociétés de capital-risque et même des fonds de pension, ainsi que des conglomérats propriétaires de banques et de manufactures automobiles», énumère Simon Gregory.

Une «shortlist» impressionniste

Le processus a conduit à ne retenir qu’une poignée de prétendants au projet commercial et à la surface financière adéquate pour s’offrir HollyStar. «Pour des raisons légales, je ne peux pas vous livrer leur identité», déplore le directeur de l’antenne vaudoise de BCMS. Seuls indices: le catalogue comprenait une célèbre firme télévisuelle générant 1,85 milliard de dollars de chiffre d’affaires par an, un média scandinave pesant 4 milliards de dollars et l’un de ses homologues australiens, ainsi que trois grosses sociétés japonaises et chinoises déjà présentes dans la VOD.

Mais également un groupe européen de cinémas opérant notamment une septantaine de salles pour 470 écrans – ce que Gaumont Pathé totalise en France –, l’un des plus célèbres sites d’e-commerce au Japon (Rakuten?), ou encore un conglomérat turc, regroupant 250 entreprises.

La finale a opposé Sky à une «autre entité européenne spécialisée dans la VOD». «Swisscom nous a aussi approchés mais, au moment où elle a souhaité prendre connaissance des bilans d’HollyStar, nous avions déjà suffisamment d’offres sérieuses pour ne pas entrer en matière», conclut Simon Gregory.

Publicité