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Ces derniers jours, les températures dépassaient les trente degrés. Une chaleur qui demande des efforts supplémentaires aux marchands de fruits et légumes présents sur les marchés. 
© Gaetan Bally/KEYSTONE

Marchés

Coup de chaud sur les stands de maraîchers

L’attention est totalement consacrée aux agriculteurs et éleveurs et à leurs champs touchés par la canicule. Mais en aval, les marchands de fruits et légumes souffrent eux aussi. Pour protéger leurs produits, les maraîchers multiplient les efforts

A l’ombre des paravents multicolores, les clients s’agglutinent en grappe. Sur la plaine de Plainpalais, dimanche matin, les maraîchers et leurs légumes ne sont pas les seuls à souffrir de la chaleur. Durant cette période de canicule, des heures durant, fruits et légumes se détériorent sous les yeux de marchands impuissants. Ces derniers tentent de s’adapter, comme ils le peuvent, à des températures dépassant les 30 degrés.

Lire aussi: La canicule fait suffoquer l’Europe

Période de turbulences

«Les légumes n’apprécient guère de rester quatre heures sur des stands en pleine chaleur», «nous subissons plus de pertes cet été» ou encore «ce qui nous pose problème, c’est que l’on est tout le temps au-dessus des 30°». Les plaintes des maraîchers en mal de fraîcheur se font entendre sur les marchés de Suisse romande.

Pour Claude-André Meyer, de la Ferme du Lignon, à Genève, cette période caniculaire pose de sérieux désagréments. «D’ordinaire, le chiffre d’affaires de l’été n’est déjà pas satisfaisant. S’y ajoutent, cette année, ces températures exceptionnelles, qui l’ont diminué d’un tiers par rapport au reste de l’année.» Une saison particulièrement difficile qui se répercute sur les habitudes des clients. «On vend davantage de crudités. Les légumes qui se cuisinent stagnent», remarque Urs Gfeller, maraîcher bio sur les marchés de Fribourg.

Forcés de s’adapter, les marchands mettent désormais tout en œuvre pour supporter cette chaleur exceptionnelle. Urs Gfeller confirme: «Dix degrés de plus ou de moins, c’est notre lot quotidien. Mais nous devons nous efforcer d’être plus prudents qu’à l’accoutumée. Nos règles: boire plus d’eau, se rafraîchir, rester à l’ombre. On applique la même ration à nos fruits et légumes.»

Contactées, les associations telles que l’Union maraîchère de Genève, Marché Paysan ou l’Office technique maraîcher n’ont pas souhaité commenter mais ont préféré laisser la parole aux principaux intéressés.

Humidifier les fruits et légumes

Afin de déplorer le minimum de pertes, les professionnels mettent en place toute une stratégie. «Il faut refroidir au maximum sa marchandise avant de partir. Pour ma part, je stocke les récoltes de la veille dans un frigo durant la nuit. Ensuite c’est le marathon. Du véhicule réfrigéré à l’étal, il faut se mettre au plus vite à l’ombre», raconte Samuel Pache, président de la Fédération vaudoise des producteurs de légumes et maraîcher à Romanel-sur-Lausanne.

Parfois, ce système ne suffit pas. Claude-André Meyer de la Ferme du Lignon s’échine presque autant à humidifier ses fruits et légumes qu’à les vendre. «On doit réapprovisionner nos produits tout le long de la journée, et s’aider de sprays pour éviter que nos marchandises ne se détériorent.» Le Genevois réfléchit à remplacer ces sprays, insuffisants, par des brumisateurs automatiques, si la chaleur persiste.

Aménagements coûteux

Certains marchands comme Samuel Pache jugent la période trop courte pour engager des dépenses en aménagement. Pour d’autres, comme Urs Gfeller, l’investissement serait nécessaire mais impossible. «Il est dur de trouver un moyen de se rafraîchir sur les stands sans que cela devienne trop onéreux. Il faudrait pouvoir amortir ensuite, mais nous n’avons pas encore trouvé de solution.»

Seule possibilité pour eux, sans frais, mais qui demande plus d’investissement personnel: le changement d’horaires. Urs Gfeller a effectué ce décalage. «On travaille beaucoup plus tôt. On commence désormais à 6h au lieu de 7h15, et on finit à 17h au lieu de 18h.» Au Lignon, chez Claude-André Meyer, la tactique est différente. «On ne touche pas à nos horaires et on en profite pour absorber les clients de la concurrence absente. Entre les maraîchers en vacances et ceux qui réduisent leurs heures, cela nous permet de compenser les pertes dues à la chaleur.»

Lire aussi: Le lien entre changements climatiques et canicule se précise

Genève s’adapte

Les moyens à disposition des maraîchers sont limités. La ville de Genève a décidé il y a deux semaines d’agir. «Nous avons mis en place les mêmes dispositions qu’en cas de météo défavorable, comme lors de fortes pluies. C’est-à-dire, que nous permettons aux marchands de partir quand bon leur semble.» En temps normal, ces derniers sont tenus par leur abonnement annuel de faire acte de présence au minimum les trois quarts de la journée sur le marché.

Si la ville de Genève n’a constaté que peu de désistements, elle envisage d’autres mesures en cas de nouvelle période de météo difficile. Pour cela, elle s’inspire des marchés étrangers, comme ceux du sud de la France, qui subissent de plein fouet la canicule (une fermeture avancée des marchés, par exemple). Malgré tout, la ville de Genève se félicite pour le travail accompli. «Avec 4 francs par jour et par emplacement, nous avons parmi les taxations les moins chères d’Europe. Ce dispositif est déjà très avantageux pour les marchands.» De quoi permettre aux maraîchers d’effectuer des investissements, si de fortes chaleurs se font à nouveau ressentir.

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