Crise de la dette en Europe, ralentissement de l’économie chinoise, volatilité sur les marchés financiers. Le deuxième trimestre 2012 n’a pas été de tout repos pour les investisseurs. Du coup, les sociétés candidates à une entrée en bourse (IPO) se font toujours aussi rares. Selon une étude publiée fin juin par Ernst & Young, il n’y a eu que 206 nouvelles cotations sur les marchés financiers entre avril et juin 2012 contre 388 lors de la même période une année auparavant. Les fonds ainsi levés s’inscrivent à 41,8 milliards de dollars (41,2 milliards de francs) alors qu’ils se montaient à 65,6 milliards au deuxième trimestre 2011. Le cabinet d’audit note toutefois une légère amélioration par rapport au premier trimestre 2012 lorsqu’il n’y avait eu que 196 IPO pour un total de 17,4 milliards de dollars.

Une progression qui s’explique surtout par quelques grandes opérations hypermédiatisées. A elle seule, l’introduction en bourse de Facebook le 17 mai dernier, pour 16 milliards de dollars, a ainsi représenté plus d’un tiers des capitaux levés au deuxième trimestre 2012. Malheureusement, le réseau social ne s’est pas fait que des amis en choisissant d’émettre ses actions au prix fort. Le fiasco a été tel que depuis son apparition sur l’indice technologique du Nasdaq, le titre FB a chuté de plus de 22%. Vendredi, il se traitait à 29 dollars.

L’expérience chaotique de Facebook a-t-elle refroidi davantage encore les ardeurs de certains prétendants à une entrée en bourse? La mauvaise publicité et le fait que de nombreux investisseurs ont perdu de l’argent n’ont certainement pas aidé le marché. Toutefois, aucune IPO ne se ressemble, souligne un observateur averti du marché. Ainsi, celle de LinkedIn, société dont le domaine d’activité est proche de Facebook, s’est très bien déroulée. Depuis son introduction en bourse en mai 2011, la valeur du titre a plus que doublé.

Une certitude néanmoins: durant le mois de juin, il n’y a eu que 33 nouvelles cotations sur les marchés internationaux pour un volume de 6 milliards de dollars. Pire, selon Ernst & Young, «en juin, pour la première fois depuis plus de vingt ans, il n’y a pas eu en Europe la moindre introduction en bourse d’un volume supérieur à 100 millions de dollars. En Suisse, pas une seule entreprise n’a franchi le pas au deuxième trimestre 2012.»

L’été a beau ne pas être propice aux IPO – la plupart des banquiers et des investisseurs étant en vacances – la période semble toutefois particulièrement creuse pour le marché. «Avec les valorisations actuelles très basses des actions, les aspirants à une entrée en bourse n’ont pas vraiment intérêt à se précipiter pour le moment, explique Ben Hauzenberger, responsable du portefeuille actions chez Swisscanto. A moins qu’ils n’aient un besoin pressant de capitaux, la plupart préfèrent attendre», souligne-t-il. A titre d’exemple, l’indice Standard & Poor’s 500, qui sert de référence pour le marché des actions américaines, a perdu 6,3% au mois de mai avant de récupérer 6,6% le mois suivant.

Une position d’attente que partage également Ernst & Young. Fin 2011, la société d’audit soulignait déjà que dans un marché où «la volatilité est devenue la norme, choisir le bon moment pour faire son entrée en bourse est devenu un art; les fenêtres d’opportunités, avec des conditions favorables, sont courtes et imprévisibles». Car, du côté des investisseurs, on n’apprécie guère la volatilité, synonyme d’incertitude. «Lorsque les marchés sont volatils, les investisseurs se concentrent davantage sur leurs positions existantes, explique Peter Guenthardt, responsable de la banque d’investissement d’UBS Suisse. De plus, il leur est difficile de valoriser correctement une entreprise dans ces conditions, spécialement celles qu’ils ne connaissent pas encore.»

Les candidats à une entrée en bourse en sont conscients. Dans un rapport publié mardi, Philipp Hofstetter, associé Conseil économique chez PricewaterhouseCoopers (PwC) Suisse, observe que «de nombreuses entreprises ont relégué leurs intentions d’entrée en bourse au second plan. Ce sont surtout les émissions de plus grande ampleur qui ont été annulées ou reportées», ajoute-t-il. PwC chiffre ainsi à plus de 8 milliards d’euros les introductions en bourse prévues au deuxième trimestre 2012 qui n’ont pas eu lieu. Selon Dealogic, une société de recherche britannique, 17 IPO ont été repoussées et 62 annulées. Ce qui représente 38% des opérations initialement planifiées, soit davantage que les 24% recensés au deuxième trimestre 2011.

Les Etats-Unis et l’Europe occidentale étant quasiment à l’arrêt, les investisseurs doivent se retourner vers d’autres horizons pour investir dans des sociétés nouvellement cotées. En Europe, c’est la Pologne qui fait figure de leader. «Avec 33 nouvelles entrées pour un volume total de 50 millions d’euros, c’est de nouveau la bourse de Varsovie qui a enregistré le plus grand nombre d’IPO au deuxième trimestre 2012», note PwC dans son rapport trimestriel dédié aux entrées en bourse européennes.

Comme les années précédentes, ce sont les pays émergents qui mènent la danse sur le marché des IPO, souligne de son côté Ernst & Young: «65% des introductions en bourse ont eu lieu sur les marchés émergents au cours du deuxième trimestre 2012.» Avec deux des trois plus importantes entrées en bourse cette année, Kuala Lumpur est même devenue la troisième place mondiale pour ce type d’opérations. Fin juin, c’est le géant malaisien de l’huile de palme Felda Global Ventures Holdings qui a vendu pour 2,6 milliards d’euros de titres. Et, contrairement à Facebook, son titre a bondi de plus de 16% lors de ses deux premiers jours de cotation.

Pour Peter Dauwalder, Partner, Transaction Advisory Services chez Ernst & Young, «il est encore trop tôt pour rayer l’année 2012 des tablettes. Les besoins de capitaux des entreprises sont importants et elles vont devoir se tourner de plus en plus vers les marchés financiers, puisque les banques ont tendance à se montrer plus réticentes dans l’octroi de crédits». Selon Dealogic, quelque 68 sociétés souhaiteraient lever 14,4 milliards de dollars par le biais d’IPO d’ici à la fin de l’année. A la même période l’année dernière, elles étaient 135 pour 23,6 milliards de dollars.

Parmi les prétendants, on notera notamment Manchester United. Après avoir abandonné l’idée d’une cotation à la bourse de Singapour l’année dernière, le club de foot anglais devrait prochainement faire son apparition sur la bourse new-yorkaise.

«En juin, il n’y a pas eu d’IPO supérieure à 100 millions en Europe pour la première fois depuis vingt ans»