Crise, il y aura. C’est inhérent aux cycles économiques et, depuis peu, les signaux d’alerte se multiplient. «Quant à savoir à quel moment elle éclatera, nul ne le sait et je ne souhaite pas m’avancer dans des spéculations», a averti Eric Scheidegger, directeur du Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Il répondait ainsi à l’intitulé de la conférence de presse, «La Suisse va-t-elle au-devant d’une récession?», donnée jeudi à Berne en marge de la publication trimestrielle du produit intérieur brut (PIB).

Le pays a d’ailleurs déjà connu tout récemment un épisode de récession technique – soit deux trimestres consécutifs avec un PIB en repli. C’était au troisième (-0,3%) et quatrième trimestre (-0,1%) de l’an dernier, comme l’ont révélé des chiffres révisés, publiés à cette occasion. «De nouvelles informations, publiées avec jusqu’à huit ou neuf mois d’intervalle, sont venues consolider ces données», a justifié Philippe Küttel, chef de la section comptes nationaux à l’Office fédéral de la statistique (OFS), également présent.

Industrie à la peine

Parmi elles figurent les indices manufacturiers, qui donnent le pouls de l’industrie et montrent des signes de ralentissement depuis le début de l’année. Lundi, ces indicateurs du moral des entreprises se sont inscrits en dessous de 50 (seuil de croissance). Les plus inquiètes quant à l’évolution de leurs affaires sont les PME, comme le confirme le baromètre publié jeudi par UBS pour la période d’avril à juillet.

Cela dénote une baisse de la demande en zone euro, «très problématique, dans un contexte où ce marché demeure le principal débouché des entreprises helvétiques», pointe Maxime Botteron, économiste chez Credit Suisse. En particulier l’Allemagne, absorbant à elle seule un cinquième des exportations suisses. La première économie du Vieux-Continent multiplie les signaux d’alerte, avec un baromètre ifo (climat des affaires) en baisse en août pour le cinquième mois consécutif et des commandes industrielles en repli de 2,7% en juillet, selon des statistiques publiées jeudi.

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«Le plongeon de l’Allemagne a inévitablement des conséquences pour la Suisse», a relevé Roland Indergand, chef du secteur conjoncture au Seco. Et la tendance au ralentissement s’est généralisée, la demande mondiale faiblit, affectée par les incertitudes que génère la guerre commerciale entre Washington et Pékin. L’indice du commerce mondial affichait un repli de -1,4% en juin, sur un mois (-0,7% au deuxième trimestre).

Prévisions à la baisse

Eric Scheidegger s’est cependant voulu rassurant, soulignant une croissance certes modeste, mais positive au deuxième trimestre (+ 0,3%). «Les effets ne sont pas encore visibles sur le marché de l’emploi et la consommation privée demeure stable», note Maxime Botteron. Mais la nette baisse des investissements en équipements (-1%) inquiète l’économiste.

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Par ailleurs, l’économie helvétique bénéficie de l’effet stabilisateur du secteur chimie et pharma. Sans lui, la courbe des exportations fléchit. Et s’il est l’un des principaux contributeurs au PIB, il ne l’est pas en termes d’emploi, avec 45 000 postes en Suisse, contre 320 000 pour l’industrie MEM. Le secteur des machines-outils, équipements et métaux, premier employeur du pays, a vu ses entrées de commandes reculer de 12,5% au premier semestre.

Les économistes de l’institut bâlois BAK ont eux nettement revu à la baisse leurs prévisions de croissance à 0,7%, contre 1,2% jusqu’à présent.