Justice

Le «coup du neveu» reste populaire chez les escrocs

Les tentatives de blanchiment n’ont jamais été aussi nombreuses en Suisse. Par usurpation d’identité ou via des sites de vente en ligne, en particulier dans le canton de Vaud. Florilège de cas réels

Les soupçons de blanchiment n’ont jamais été si nombreux en Suisse. La Finma n’est plus la seule à le dire, le Mros, l’organisme qui recense les alertes, aussi. Plus de 2900 cas lui ont été signalés l’an dernier, soit onze par jour ouvrable – un record. La progression des annonces atteint 23% en un an, au point de provoquer un embouteillage dans les services fédéraux, qui ont eu 487 dossiers en retard à traiter en 2017.

Les sommes concernées par ces soupçons ont elles aussi atteint un record, à 5,3 milliards de francs, dont un tiers est le fruit de 15 signalements. A côté des affaires à plusieurs millions de francs, les escroqueries d’ampleur limitée sont toujours plus nombreuses, montre le rapport annuel du Mros, qui a dévoilé cette semaine plusieurs cas emblématiques.

Le neveu n’accepte pas les virements

Le «coup du neveu» est le premier de ces grands classiques. L’an dernier, une dame âgée et fortunée souhaite retirer plusieurs dizaines de milliers de francs au guichet de sa banque. Interrogée par l’employée sur les raisons de cette opération inhabituelle, la cliente explique devoir remettre cette somme à un homme qu’elle ne connaît pas mais qui l’attend devant la banque.

«Ne serait-il pas possible d’effectuer un virement, plutôt?», lui suggère la conseillère. Relayant cette proposition au mystérieux inconnu posté devant la banque, la vieille dame récolte un flot de grossièretés qui finissent par attirer l’attention de l’employée de banque. A son arrivée sur le trottoir, l’homme disparaît sans demander son reste.

D’après leur analyse de ce cas, les limiers du Mros reconnaissent un procédé familier. Se faisant passer pour membre éloigné de la famille – typiquement un neveu, un escroc demande à une personne âgée de lui prêter de l’argent, pour qu’il se sorte d’un mauvais pas généralement peu compréhensible. L’escroc envoie souvent un ami récolter la somme à sa place. Dans le cas décrit par le Mros, la vieille dame a été raccompagnée à son domicile par la police, saine et sauve.

Prêtez-moi votre compte pendant 10 jours

Autre cas authentique, le compte bancaire d’un client reçoit plusieurs virements, apparemment liés à des ventes d’objets sur Internet. Mais les montants sont immédiatement transférés vers un pays d’Afrique. Interrogé par son banquier, le titulaire du compte explique avoir inséré une annonce en ligne afin d’emprunter un peu d’argent. Une généreuse dame lui aurait promis la somme voulue à condition qu’il lui mette à disposition son compte bancaire pendant 10 jours. Ce qu’il a fait.

Ce type d’escroquerie est fréquent en Suisse romande et dans le canton de Vaud en particulier depuis l’été 2014, relève le Mros. «Souvent basés en Afrique de l’Ouest», les bénéficiaires présumés mettent en vente des articles valant quelques centaines de francs sur des sites d’annonces gratuites comme anibis.ch ou olx.ch. Plusieurs acheteurs versent le montant convenu, mais ne reçoivent jamais les téléphones mobiles ou appareils photo promis.

Remboursements «généreux»

Ils sont parfois remboursés sur leur compte personnel, mais avec des sommes dépassant ce qui leur est dû (des sommes qui proviennent des autres acheteurs grugés). Les soi-disant vendeurs leur demandent alors de transférer le surplus d’argent vers un pays africain ou vers un autre compte en Suisse. «L’argent «tourne» ainsi de compte en compte jusqu’à ce qu’un quidam accepte d’effectuer l’envoi vers l’Afrique de l’Ouest», résume le Mros, qui saisit les autorités de poursuite pénale dans de tels cas.

Dans une variante de cette escroquerie, un client découvre que de la marchandise est en vente sur Internet à son nom et que l’argent doit être viré sur un compte bancaire à son nom mais dont il ignore tout. Le compte en question avait été ouvert par correspondance et grâce à la carte d’identité que le client avait perdue. L’escroc a fourni des coordonnées inventées et a accédé à l’e-banking de manière à empêcher de retrouver le lieu de connexion. Avant de retirer les sommes reçues dans un automate qui n’était pas surveillé par une caméra.

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