«Pékin fait un geste», titre Le Figaro: la Chine va réduire de 60% sur dix ans les droits de douane sur les importations de montres suisses dans le cadre de l’accord de libre-échange que Berne et Pékin doivent signer au mois de juillet. Une première «avec un pays du G20», commente d’ailleurs non sans audace le Wall Street Journal, qui nous offre cette promotion au passage.

Des détails sur l’accord ont été rendus publics lundi à Pékin, sachant que, globalement, 84% des exportations suisses vers la Chine seront exemptées de droits de douane et que, dans le sens inverse, seules 0,3% des importations de produits chinois seront taxées par les douanes suisses. D’ailleurs, s’insurge au passage un internaute de Bilan, «pourquoi y a-t-il une telle différence? 84% contre 99,7%? Comment les entreprises sont-elles censées être compétitives sur des marchés où il n’y a pas une situation d’égalité? Cet accord est très mauvais.»

Protocole d’entente

Mais passons, car dans le détail, relate l’Agence France-Presse, notamment relayée par La Croix, la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) et le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco) ont signé un protocole d’entente avec leurs homologues chinois lors de la visite en Suisse du premier ministre Li Keqiang, à la fin de la semaine dernière.

«Ce protocole institue une plateforme supplémentaire de discussion et de coopération en vue d’améliorer le cadre des échanges horlogers entre la Suisse et la Chine», dit la FH. Il «prévoit de créer un groupe de travail quadripartite, qui se réunira au moins une fois par an pour examiner les problèmes concrets auxquels sont confrontés les acteurs de la branche, tant en Suisse qu’en Chine, et émettre des propositions pour y remédier».

Finis, les cadeaux?

«A l’instar d’autres groupes similaires», complète le Journal du Jura, son but sera aussi de favoriser «la protection des droits de propriété intellectuelle et des indications d’origine, en particulier du Swiss made, la lutte anti-contrefaçon et l’échange d’expérience».

Si l’on sait par exemple que «le segment des montres de prestige a souffert en particulier d’une campagne de lutte contre les cadeaux aux officiels du parti lors de la période de transition politique», cette avancée pourrait bien «donner un coup de fouet à l’industrie helvétique de l’horlogerie», en conclut Reuters France.

D’autant que les marques de Swatch Group et de Richemont, par exemple, sont confrontées «à un ralentissement de leurs ventes en Chine, où la pratique des cadeaux coûteux offerts en contrepartie de faveurs est combattue par les autorités et où la croissance économique […] ralentit». Il faut savoir en effet qu’en 2012, les ventes de montres suisses n’y avaient «augmenté que de 0,6% (...) alors qu’elles y avaient bondi de 49% l’année précédente».

Baisse des prix en vue

«La première année, nous allons réduire les droits de douane […] de 18% et la baisse sera ensuite de 5% chaque année», précise le ministre délégué au Commerce chinois, Yu Jianhua. Conclusion: le fameux accord de libre-échange, qui doit être signé lors de la visite en Chine du conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann à la mi-juillet, «fera reculer le prix des montres suisses vendues en Chine mais il est difficile de dire dès à présent dans quelles proportions», dit le responsable chinois.

Si Les Echos parlent d’un «ralentissement spectaculaire du secteur» sur le marché chinois, selon Luca Solca, analyste d’Exane Paribas, ce phénomène «est surtout dicté par l’humeur des consommateurs». Et il se «demande si cette baisse des taxes sera suffisante pour changer cela, mais cela peut sans doute faire aller les choses dans la bonne direction».

Une mauvaise et une bonne nouvelle

De toute manière, «les horlogers suisses se préparent à un ralentissement de leur croissance cette année, lit-on sur le site China.org, dès lors que Kepler Capital Markets annonce que les exportations du secteur du luxe pourraient baisser de 5%. Si ces prévisions s’avèrent être exactes, il s’agirait de la pire performance du secteur depuis l’effondrement de 22% en 2009.»

Mais à l’origine de cette mauvaise nouvelle, il y en a peut-être aussi une bonne. On sait en effet que le marché chinois est actuellement en pleine contraction. Pourquoi? Parce qu’en partie du moins, le gouvernement réprime maintenant les dépenses excessives de ses fonctionnaires.