La reprise boursière finit tout de même par éviter le pire à Martin Ebner. Les banques créancières du Groupe BZ ont en effet mis fin, apparemment sans conséquences douloureuses, au moratoire conclu voici une année entre celles-ci et le groupe du financier Martin Ebner.

Au terme de longues négociations, les parties concernées sont en effet tombées d'accord la veille du jour fatidique, puisque le moratoire sur les dettes arrivait à échéance ce jeudi 31 juillet. Alors qu'un non-renouvellement du moratoire semblait impliquer la liquidation voire la faillite du Groupe BZ en raison de son surendettement, «ce risque est dissipé puisque l'ensemble des banques ont renoncé à leurs créances», explique Ralph Stadler, avocat du Groupe BZ.

Comment s'explique ce renoncement soudain? Par les gains de cours enregistrés par plusieurs banques sur des titres repris en gage au groupe surendetté. «CS Group et ABB comptaient parmi les principales participations de BZ et ces titres ont entre-temps vu leurs cours doubler», commente Ralph Stadler. Ce dernier se refuse toutefois à préciser quelles sont les établissements créanciers qui ont su profiter de la situation. Apparemment, seules les banques qui n'ont pas été tentées de revendre aussitôt sont arrivées à tirer leur épingle du jeu.

Conséquence de l'accord conclu avec les banques, les fonds propres du Groupe BZ ne sont plus dans le négatif. Pour les renforcer, une augmentation de capital de 40 millions de francs a tout de même été décidée, à laquelle participeront principalement Martin Ebner et sa femme, lesquels contrôlaient, en 2001, 46% du groupe. Ralph Stadler se refuse à préciser les détails de l'opération. Il admet toutefois qu'une banque tierce, non membre du consortium de créanciers, participera au refinancement par l'octroi d'un crédit d'un montant non précisé.

Après avoir cédé la semaine dernière l'ensemble des actions du groupe industriel Rieter (soit une part de 21,4%), le Groupe BZ ne détenait plus qu'une seule participation d'envergure: 94% de la société immobilière Intershop. Selon le communiqué diffusé hier, la société de Martin Ebner a décidé de poursuivre l'activité menée jusqu'ici en tant que holding avec Intershop comme actif principal, qui n'était valorisé en Bourse qu'à 372 millions de francs mercredi. De l'avis des spécialistes, le désinvestissement d'Intershop aurait été difficile à opérer, notamment en raison de la situation conjoncturelle.

Opacité comptable

Les déboires du Groupe BZ avaient éclaté il y a exactement une année avec l'annonce de la cession forcée – à la Banque cantonale de Zurich (pour 500 millions de francs) – des quatre sociétés de participation Vision. La crainte de voir la société brader ses participations restantes a ensuite fait souffler un vent de panique sur le marché suisse, et plus particulièrement sur des valeurs déjà malmenées, principalement ABB et CS Group.

Martin Ebner et son groupe se sont toujours refusés à communiquer l'ampleur du surendettement. Selon certaines sources, le moratoire conclu il y a un an portait sur un montant de 3 milliards de francs. L'endettement était évalué à plus de 6 milliards de francs, alors que les actifs inférieurs de plusieurs centaines de millions. L'évaluation de la situation était d'autant plus difficile que les montants des cessions opérées depuis un an n'ont été rendus publics que partiellement. En outre, le groupe recourait largement à l'effet de levier (endettement) pour «optimiser» le financement de ses transactions.

Selon plusieurs sources, les trois principaux créanciers impliqués dans le moratoire sont les deux banques publiques allemandes Landesbank Badenwürtenberg (LBBW), WestLB et Credit Suisse Group.

Malgré les revers et peut-être grâce à ceux-ci, Martin Ebner serait pourtant prisé en tant que conseiller par certains clients de la Banque BZ, assure Ralph Stadler. En mai dernier Martin Ebner, sa femme, Ralph Stadler et Alfred Böni avaient d'ailleurs repris la banque au Groupe BZ. Renonçant aux responsabilités de direction, le financier en disgrâce revient donc aux affaires en se concentrant sur ses fonctions d'actionnaire et de conseiller de la Banque BZ.