Les spéculations allaient bon train ces dernières semaines. Les analystes passaient en revue tous les titres du SMI et de l'indice élargi SPI pour parier sur les titres qui allaient monter en grade et ceux qui subiraient les affres d'une rétrogradation ce fameux 4 juillet. Chaque année, la Bourse suisse se soumet en effet à cet exercice et, chaque année, les rumeurs courent. Finalement, il y a eu beaucoup plus de peur que de mal. La Bourse a annoncé vendredi soir un seul changement dans la composition de l'indice vedette: sans surprise, Sulzer est éjecté du SMI en raison de son évolution boursière défavorable. L'action du groupe industriel de Winterthour apparaîtra désormais uniquement dans les valeurs du SPI, qui réunit plus de 240 titres. Par contre, aucun nouveau membre n'est admis dans le SMI, ce qui porte le nombre total de sociétés à 26. Il peut compter jusqu'à 30 entreprises.

Pour Sulzer, cette décision constitue assurément un dégât d'image, comme l'entreprise l'a reconnu vendredi. Toutefois, remarque Eric Parisod, analyste à la Banque Cantonale Vaudoise, les dirigeants de Sulzer donnaient récemment l'impression qu'ils n'excluaient pas une sortie. C'est que la capitalisation boursière a chuté d'un tiers en un an à 650 millions de francs, ce qui en fait la plus petite valeur de l'indice. Sulzer disposait encore d'une capitalisation quatre fois supérieure il y a deux ans et demi, avant le spin off de Medica en juillet 2001. Ironie du sort, cette division médicale, rebaptisée Centerpulse, a failli cette année rejoindre le SMI. La Bourse a constaté qu'il s'agit aujourd'hui du seul titre qui remplit les critères d'admission (lire ci-dessous l'article sur les critères d'admission et d'exclusion). Mais, Centerpulse est au centre de deux tentatives de rachat, le pari était trop risqué.

Ailleurs, on respire. La très médiatisée entreprise d'André Kudelski comme Unaxis figuraient parmi les papables à une éjection. Mais, formellement, les critères d'exclusion n'étaient pas remplis. Les analystes sont soulagés. Kudelski avait franchi les portes du SMI en 2000, comme quatre autres sociétés. L'objectif consistait à diversifier l'indice, trop dépendant des valeurs bancaires et pharma. Revenir sur ce choix, en expulsant Unaxis et Kudelski, aurait signifié un retour en arrière, qui aurait trahi une trop grande dépendance des instances boursières aux tendances du moment.

La plupart des analystes tablaient sur des inclusions plutôt que des exclusions. L'un des favoris à une entrée dans le SMI était Synthes-Stratec. Sa capitalisation boursière, près de 16 fois supérieure à celle de Sulzer, en faisait un bon candidat. Mais comme le relevait déjà la banque LODH fin juin, le groupe bâlois de techniques médicales devait rater son entrée car il ne remplit pas deux conditions: il ne fait pas partie des 25 meilleurs titres au 30 juin et son poids dans le SPI est inférieur au 0,4% requis. Outre Synthes-Stratec, le fabricant vaudois de périphériques pour ordinateurs Logitech comptait parmi les candidats à une promotion. Un autre lauréat potentiel était le réassureur zurichois Converium (ex-Zurich Re). Surtout que le titre était presque arrivé à se hisser dans le SMI l'an dernier déjà. Autant de déceptions dans les quatre coins de Suisse.

Une visibilité accrue

Si les décisions de la Bourse sont aussi sensibles, c'est que la présence dans le SMI accroît considérablement la visibilité du titre. Les grands investisseurs étrangers ne chassent en effet que du gros gibier. En outre, le fait d'appartenir à un grand indice garantit à une société de figurer dans les portefeuilles indiciels. Enfin, comme le relève André Kudelski, c'est un atout important lors de la levée de capitaux. En contrepartie, les exigences de communication sont accrues. Et chaque déconvenue plus durement pénalisée. Enfin, les mouvements spéculatifs s'accroissent, précipitant la hausse ou la baisse d'un titre.