Jean-Claude Trichet n'a pas de chance avec ses week-ends. La semaine dernière, le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE) a passé tout son dimanche à Bruxelles au chevet de Fortis, aux côtés des ministres des finances belge, luxembourgeois et néerlandais. Bis repetita ce samedi à Paris, où le patron de la BCE assiste à l'Elysée au sommet des chefs d'Etat et de gouvernement européens du G7 convoqué par Nicolas Sarkozy. Avec l'assurance, encore, d'être consulté et écouté par tous.

De la polémique aux compliments

La posture est inédite pour l'intéressé. Jusque-là, l'évocation de son nom était plutôt un facteur de division au sein des 16 pays de la zone euro. Au point d'être la tête de turc de Nicolas Sarkozy (voir ci-dessous). Mais la débâcle bancaire est arrivée. Et la polémique récurrente sur l'obsession anti-inflationniste de la banque a fait place aux compliments sur sa flexibilité, comme «préteur en chef» d'un système aux abois.

Vingt-quatre milliards d'euros débloqués le 20 mars, 70 milliards à la mi-septembre après la faillite de Lehman Brothers, et 120 milliards lundi dernier. L'institut d'émission de la monnaie unique - dont les réserves officielles s'élevaient en août 2008 à 350,8 milliards - est passé en six mois du rôle de préteur en dernier ressort à celui de remplaçant d'un marché interbancaire rendu exsangue par les pertes abyssales des établissements les plus exposés, et par une confiance en chute libre. «Beaucoup de banquiers trouvent le sommeil grâce à Jean-Claude Trichet, commente un expert. Pour un homme perçu comme ultra-rigide, sa flexibilité a été jusque-là exemplaire.»

La première victoire de l'institut basé à Francfort est d'avoir fourni des informations justes au bon moment. «Trichet est arrivé avec un diagnostic clair sur Fortis», reconnaît un haut fonctionnaire belge. Autre argument de poids: son lien avec la Réserve fédérale américaine (Fed). Ses prêts au profit des banques de la zone euro opérant en dollars, dans le cadre d'accords de swaps avec la Fed, l'ont installé au «poste de commandes», selon Jean Pisani-Ferry, directeur de l'Institut Bruegel: «Cette coopération a fait de la BCE l'acteur qui compte», poursuit-il.

Avantage de l'euro

La Banque tire évidemment parti de l'euro. Sans la monnaie unique, les dirigeants de pays très lourdement endettés, comme l'Italie, auraient subi à coup sûr des attaques sur leur devise. La crédibilité de la BCE sort aussi renforcée parce que sa direction est collégiale. «Ses décisions sont le fruit d'un travail collectif», confirme Nicolas Véron, de Bruegel. Le téléphone fonctionne à plein entre le gouverneur et le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

Jean-Claude Trichet a aussi fait des concessions. La décision de la BCE de maintenir hier son taux directeur à 4,25% a, pour la première fois depuis cinq ans, été assortie de commentaires laissant augurer un prochain assouplissement monétaire. «Les risques pour la stabilité des prix, dont nous restons garants à moyen terme, ont diminué, sans pour autant disparaître», a reconnu l'intéressé. Le prochain conseil des gouverneurs de la BCE, en décembre, pourrait donc enfin donner satisfaction aux gouvernements acculés par la récession, et diminuer le coût du crédit pour 320 millions d'Européens. La baisse du prix du pétrole et des matières premières a fait chuter l'inflation dans la zone euro à 3,6% en septembre contre 4% en juillet.