La Grande-Bretagne a adressé mercredi sa lettre pour entamer son Brexit. C’est le dernier épisode d’une série d’événements qui illustrent une montée des populismes: élection de Donald Trump aux Etats-Unis, Marine Le Pen en tête des sondages présidentiels en France, le FPÖ à un chouïa de la présidence autrichienne… Et la liste n’est pas exhaustive.

Un économiste américain, Branko Milanovic, vient de publier un ouvrage de référence* qui donne des pistes pour mieux comprendre cette spirale populiste. Selon cet ancien chef de la recherche économique à la Banque mondiale, le libre-échange a en priorité bénéficié aux classes moyennes des pays émergents, mais elle a aussi bien profité aux plus riches. Et surtout, elle a massivement pénalisé les couches moyennes des pays industrialisés.

La courbe en forme d’éléphant

Pour l’illustrer, l’économiste montre l’évolution du revenu réel des ménages dans le monde, entre 1988 et 2008, en fonction des différents percentiles de revenus. La population est ainsi divisée en 100 groupes égaux en nombre (un percentile = 1% de la population à chaque fois). Curieusement, la courbe ainsi générée reproduit à s’y méprendre le profil d’un éléphant. On y voit que les revenus ont clairement progressé les 50 premiers percentiles, les 50% les plus pauvres.

Concrètement, cette moitié de la planète, dont la courbe dessine le corps et les oreilles de l’éléphant, a profité de la mondialisation et a vu ses revenus largement progresser, de 50 à plus de 80%. On remarque aussi que les 10% les plus riches – c’est l’extrémité de la trompe relevée de notre Dumbo – ont puissamment tiré profit du nouvel ordre mondial. En particulier, les très grandes fortunes, le 1% des plus riches.

La trompe éléphantesque

En revanche, les revenus ont nettement baissé pour tous ceux compris entre le 7e et le 9e décile. C’est le creux de la courbe et de la trompe éléphantesque. Cela recouvre les classes moyennes des pays industrialisés. Ces ménages n’ont vu que les désavantages de l’économie mondialisée: croissance du chômage, finances publiques détériorées, impôts et TVA en hausse pour combler ces déficits… Tandis que leurs salaires ont au mieux stagné et qu’ils vont devoir travailler plus longtemps pour toucher une retraite plus maigre.

En résumé, ces classes moyennes se sentent oubliées de la prospérité et manifestent leur colère en votant pour Donald Trump ou en faveur du Brexit. Certes, il ne s’agit que de 10% à 15% de la population, mais cette part suffit à faire basculer les votes et à donner une majorité populiste dans les urnes…

Pour les investisseurs, il faudra tenir compte de cette montée de l’anti-globalisation. Paradoxalement, la tactique consistera à globaliser son portefeuille: avec un protectionnisme renforcé, il faudra miser sur les entreprises fabricant localement plutôt que sur les champions de l’export. Et cibler les pays qui vont renforcer leurs cautèles aux frontières.


* Branko Milanovic: Global inequality: a new approach for the age of globalization, Harvard University Press, Cambridge, Massachusetts, 2016, 320 pp.