La chute de l'empire Ebner occupe une large place dans la presse suisse et internationale. Le Wall Street Journal Europe consacre trois colonnes en première page à «la victime européenne la plus en vue» de l'effondrement boursier, rappelant que ses pertes dans Credit Suisse et ABB totalisent à elles seules 5 milliards de francs.

Le Tages-Anzeiger demande au directeur de la Banque cantonale zurichoise, Hans Vögeli, si la décision-surprise de racheter les quatre fonds «Vision» n'a pas rencontré d'opposition au sein de la banque. Ce dernier se retranche derrière le secret des délibérations et assure que sauver Martin Ebner ne faisait pas partie des motivations de la banque. Il s'agit d'un «développement logique» dans le cadre de sa stratégie de diversification qui la place aujourd'hui au premier ou deuxième rang dans les produits dérivés. Quant aux méthodes publicitaires voyantes du financier déchu, Hans Vögeli précise qu'il «ne sera pas un deuxième Ebner».

Politique contre-productive

Ces explications ne convainquent qu'à moitié le quotidien zurichois, dont l'éditorial dresse un parallèle avec l'affaire Swissair, où des acteurs publics ont été appelés au secours d'une société privée en détresse: «Politiquement, on peut se demander si la poursuite de placements malheureux fait partie des devoirs d'un institut d'Etat.»

Le rachat se justifierait par un prix très avantageux (500 millions selon le Tages-Anzeiger), mais UBS et Credit Suisse n'ont pas jugé l'affaire si bonne, elles.

Le Financial Times (FT) souligne une contradiction du système Ebner: sa défense agressive des droits des actionnaires dans des sociétés bien ciblées l'a amené à y prendre une part (trop?) importante, ce qui a ainsi restreint sa marge de manœuvre face à ABB quand le géant helvético-suédois est entré en crise. Les fonds d'Ebner, ajoute le FT, ont plus perdu que la moyenne de leur secteur d'activité depuis un an.

Der Bund a la dent particulièrement dure avec le financier. L'homme qui exige la transparence des autres ne l'a guère pratiquée, estime le quotidien bernois.

Secours étatique

Le gérant de fonds qui encaissait de grasses commissions en période de hausse les justifiait par sa compétence à gérer les fonds quand la conjoncture se retournerait: or il n'a pas tenu le coup. Ironie suprême, cet ardent critique de l'intervention étatique a fait appel… à une banque d'Etat pour vendre son argenterie ternie.

Seule la NZZ, tout en partageant certaines questions et critiques, rappelle qu'il est facile de crier haro sur Ebner aujourd'hui: il y a deux ans, personne n'avait envisagé une chute boursière aussi forte et prolongée.