Enseignement

Les cours en ligne des universités romandes cartonnent

La formation sur Internet proposée par l’Institut de finance de l’Université de Genève figure parmi le top 10 du portail Coursera, dominé par les universités américaines, et va être traduite en chinois. Les cours de programmation de l’EPFL rencontrent aussi un vif succès. Mais seule une minorité d’étudiants vont jusqu’au bout des formations

C’est un succès de prestige pour l’Université de Genève. Son cours en ligne de spécialisation en finance (Investment Management) fait partie des enseignements recommandés par Coursera pour voir sa situation professionnelle s’améliorer. La start-up californienne, numéro un dans la mise en ligne de MOOC (Massive open online courses), ces cours universitaires sur Internet accessibles à tous, l’a sélectionné pour sa catégorie des trois emplois les plus recherchés aux Etats-Unis, en l’occurrence, conseiller financier.

L’an dernier, l’Institut de finance de l’Université de Genève (GFRI) avait déjà reçu une «médaille» pour sa spécialisation qui figure parmi le top 10 de Coursera, un palmarès habituellement entièrement américain. Lancé en février 2016, ce MOOC a déjà enregistré 150 000 utilisateurs, venant surtout des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et d’Inde, se félicite Michel Girardin, responsable du développement de ces cours, réalisés après un appel d’offres d’UBS qui les a financés. La spécialisation comprend quatre MOOC et un «capstone», un projet où l’étudiant doit réaliser une planification de sa fortune à cinq ans et l’adapter aux événements.

1,75 million d’inscrits à l’EPFL

Cette formation n’est pas la seule en Suisse à rencontrer une reconnaissance internationale. L’EPFL, un des pionniers des MOOC, en témoigne. «Depuis 2012, nous avons mis en ligne 76 cours et nous en avons une trentaine en préparation», explique Patrick Jermann, responsable du Center for Digital Education de l’EPFL. Ce sont les cours de programmation, parmi les premiers à avoir été mis en ligne, qui rencontrent le plus de succès. Quatre d’eux en particulier sont «nos licornes, il s’agit des cours du professeur Martin Odersky, qui ont réuni 600 000 apprenants.» Au total, les cours de l’EPFL ont réuni 1,75 million d’inscrits venant de 198 pays.

Dans les autres universités suisses, les formations en ligne se développent à un rythme plus lent. Genève en compte 24 autres, et prépare «activement» 14 nouvelles offres. L’Institut de hautes études internationales et du développement en propose une poignée. Lausanne en compte cinq et ne souhaite pas les multiplier. «Nous ciblons les personnes cherchant des formations continues et nous nous concentrons sur les pôles d’expertise de l’UNIL», explique sa responsable Catherine El-Bez, soulignant que la formation qui est la plus populaire est proposée par les HEC, en anglais, et concerne le processus de prise de décision non éthique, attirant près de 20 000 étudiants en trois ans. A Neuchâtel, on mise sur la même stratégie ciblée, soulignant que la fabrication de MOOC coûte cher. Seule l’Université de Berne a décidé de ne pas en proposer, jugeant que cela ne produisait pas de valeur pour les étudiants. L’Université de Zurich en propose, elle, quatre et en prépare quatre supplémentaires. L’EPFZ propose huit MOOC ayant chacun jusqu’à 22 000 utilisateurs. En moyenne, le coût du développement d’un MOOC (préparation, tournage, montage, etc.) est évalué à 50 000 francs.

Traduction chinoise et japonaise

Face à son succès, le GFRI envisage la traduction de sa formation en chinois et en japonais. «Les MOOC ne seront pas simplement traduits. Nous discutons aussi avec des universités pour enrichir le cours avec des interventions de professeurs locaux», poursuit Michel Girardin.

A Genève, comme pour toutes les autres formations en ligne, «beaucoup s’inscrivent, mais la majorité ne vont pas jusqu’au bout de la formation. Seuls 10 à 20% le font», regrette Michel Girardin. A l’EPFL aussi, on note que parmi les centaines de milliers d’étudiants en ligne, 94 000 ont obtenu un certificat. Pour la formation du GFRI, 7700 étudiants ont reçu une attestation, tandis qu’environ 500 étudiants ont terminé celle d’HEC Lausanne.

Eviter les abandons

L’expert travaille sur un nouveau projet, dont le but est d’améliorer ce résultat, mais cette fois, avec le Swiss Finance Institute, qui réunit des professeurs de finance des principales universités suisses. «Le cours sera en français et donné par des professeurs et des praticiens», explique-t-il. Concentré sur la prévoyance professionnelle, il sera financé par la Fédération des entreprises romandes Genève (FER). Mais surtout, il y aura «un examen surveillé, dans une salle, et le certificat devra permettre d’obtenir des crédits ECTS reconnus par les universités», ajoute-t-il. C’est tout le problème des MOOC: «Aucun ne donne de crédit, la vérification est difficile et la valeur du certificat est, du coup, très relative.»

Royalties

Le premier MOOC dans le monde a été lancé en 2006. L’idée était de pouvoir démocratiser la formation universitaire. Leader du domaine, la start-up californienne Coursera revendique plus de 2000 cours, 25 millions d’apprenants et des partenariats avec 149 universités. L’accès étant payant (29 à 99 dollars, par cours ou par mois suivant les formations), les cours les plus suivis permettent aux universités d’engranger une partie des gains. Aucune n’a cependant voulu donner des chiffres sur ces royalties.

Développer des cours pour le Web n’est pas toujours simple: «Encore maintenant, le mot «MOOC» n’est pas toujours connu, même au sein des universités. Le style d’enseignement est différent, il faut être plus captivant, vivant, drôle. Certains de mes collègues étaient très sceptiques au départ», raconte Michel Girardin, qui n’hésite pas à mettre sa touche personnelle dans les vidéos, s’armant de vrais burgers lorsqu’il explique le concept d’indice Big Mac.

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