L'or revient à son plus haut niveau depuis bientôt six ans. L'once s'est échangée lundi à plus de 356 dollars sur le London Bullion Market, le marché londonien des métaux précieux. Un niveau atteint pour la dernière fois en mars 1997. La crainte d'une guerre en Irak, l'incertitude au Proche-Orient après l'attentat meurtrier de dimanche, les tensions nées de la reprise du programme nucléaire en Corée du Nord expliquent cette nouvelle flambée. Mais le regain d'intérêt manifesté pour cette valeur refuge ne date pas d'hier. Il remonte à plusieurs mois. Alors que l'on s'interrogeait, il y a peu, sur la capacité du marché de l'or à casser une résistance fixée à 320 dollars l'once, les investisseurs se demandent aujourd'hui où s'arrêtera cette envolée. En 2002, les prix de l'or n'ont-ils pas enregistré une hausse de plus de 25%, soit leur meilleure performance depuis 1979, année où la révolution iranienne faisait doubler les prix du métal jaune. Cet investissement s'est avéré l'année passée bien plus profitable que le marché des actions.

Au-delà des récents développements géopolitiques, qui justifient le choix d'investisseurs en quête d'une valeur considérée comme refuge en période d'incertitude, il faut tenir compte de la faiblesse du dollar. L'appréciation de l'euro (près de 11% par rapport au dollar depuis la fin 2001) et celle du franc suisse (près de 15%) renforcent le choix de nombre d'entre eux. En plus de cette fébrilité du billet vert, certains observateurs mentionnent le regain d'intérêt observé en Asie pour l'or. Les banques centrales ainsi que la population y reviennent avec insistance. Au-delà de la frénésie des consommateurs nippons, qui cherchent à augmenter leurs réserves familiales à travers l'achat de joaillerie, le choix de certains instituts monétaires pèse sur le cours. La Banque centrale du Japon affiche des réserves évaluées à 461 milliards de dollars au début octobre 2002. Ce qui représente une augmentation de 66 milliards sur les neuf premiers mois de l'année. Les réserves de la Banque de Chine augmentent à un rythme similaire. Si les deux pays possèdent aujourd'hui plus de dollars qu'ils n'en veulent, ils se doivent de diversifier leurs réserves.

Au vu des profonds problèmes rencontrés par l'Allemagne, principale économie européenne, l'euro ne se présente pas pour ces deux banques centrales comme une alternative attrayante. Dans ce contexte, l'or offre une diversification séduisante permettant d'éviter une accumulation excessive de dollars. Même si, à l'inverse, certaines banques centrales, à l'exemple de la Banque nationale suisse (BNS), se délestent aujourd'hui de leur réserve d'or, ces dernières agissent avec doigté, n'ayant aucun intérêt à voir les cours déprimer.

Le prix en fonction de la guerre?

Cette hausse met toutefois en avant la création d'une éventuelle bulle spéculative. Les forts volumes observés sur le marché à terme étoffent cette hypothèse. A la fin décembre, les positions «long» (positions d'acheteurs en or dans la perspective d'une hausse des cours) excédaient de 5,7 millions d'onces les positions «short» (positions de vendeurs) sur le marché new-yorkais des «futures» (Comex). Il s'agit de la plus importante position «long» enregistrée depuis 1996. En filigrane se pose la question de l'évolution du prix. Les analystes estiment que son cours grimpera encore en cas de guerre. Ils préviennent toutefois que la fin du conflit pourrait amorcer son déclin. La prochaine résistance se situe à 365-375 dollars l'once, selon eux. Un niveau auquel les investisseurs seraient tentés de prendre leur bénéfice. Dans l'intervalle, l'attente de la publication des conclusions des experts de l'Organisation des Nations unies (ONU) sur la situation de l'armement en Irak renforcera les spéculations sur le métal jaune.