COMMERCE

La course aux accords bilatéraux de libre-échange est bien engagée

L'enlisement du Cycle de Doha ne diminue pas la volonté des puissances commerciales de percer dans les marchés émergents. La Suisse négocie actuellement avec une vingtaine de pays.

Les grandes puissances commerciales, les Etats-Unis, le Japon et l'Union européenne (UE), mais aussi d'autres pays industrialisés comme la Suisse, ne restent pas les bras croisés face à l'enlisement du Cycle de Doha dont l'objectif est de libéraliser le commerce international des marchandises et des services. Elles multiplient les initiatives pour négocier des accords bilatéraux de libre-échange (ABLE), plus particulièrement avec les grands marchés émergents. Il ne se passe ainsi pas de semaine sans qu'un nouveau projet ou un développement ne soit annoncé.

Pour preuve, ce mercredi, le Japon a fait part de sa volonté de conclure un accord avec les pays du Moyen-Orient au plus tard début 2008. La veille, c'était la Commission européenne qui obtenait le feu vert pour ouvrir les pourparlers avec l'Inde, la Corée du Sud et les pays de l'Asean (Asie du Sud-Est). Il y a un mois, les Etats-Unis ont conclu un ABLE avec la Corée du Sud, 8e exportateur mondial. Cet accord est considéré comme le plus important depuis celui que Washington a signé en 1994 avec le Canada et le Mexique.

Enfin, le président américain George Bush et le premier ministre japonais Shinzo Abe s'apprêtent à poser les premiers jalons d'un ABLE lors d'une rencontre ce week-end à Camp David.

«Nous croyons encore dans le Cycle de Doha et nous y sommes engagés plus que tout autre pays, déclare Peter Power, porte-parole du commissaire européen pour le Commerce. Mais en négociant parallèlement des ABLE, nous répondons à la demande de nos entreprises qui recherchent de nouveaux marchés.» Et d'ajouter: «Les pays émergents sont aussi demandeurs de tels accords parce qu'ils veulent accroître leurs exportations.» Selon une étude, l'UE augmenterait ses exportations de 54 milliards de dollars par an grâce aux ABLE.

L'UE a ouvert une dizaine de chantiers. Selon Peter Power, des accords avec l'Inde et la Corée du Sud sont à portée de main. En effet, ces pays n'ont pas des intérêts offensifs dans l'agriculture, un secteur protégé et fermé à la concurrence en Europe. En revanche, les négociations avec le Mercosur sont en panne parce que les pays d'Amérique latine sont des exportateurs agricoles.

«L'intérêt des ABLE réside aussi dans le fait qu'on peut être plus ambitieux que pour le Cycle de Doha et élargir le champ des négociations», poursuit Peter Power. L'UE, comme d'autres pays industrialisés, impose des domaines comme les investissements, la concurrence ou encore la propriété intellectuelle dans les ABLE.

La Suisse aussi

La Suisse, 20e exportateur mondial et 19e importateur et qui gagne un franc sur deux à l'étranger, défend également les ABLE. Elle en négocie actuellement ou est en phase exploratoire avec une vingtaine de pays. Ces lundi et mardi, Marie-Gabrielle Ineichen, cheffe de la division «commerce mondial» au Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) était à New Delhi pour discuter de la faisabilité d'un ABLE avec l'Inde. Prochaine cible: la Chine même si Pékin ne se montre pas très pressé. Pour Marie-Gabrielle Ineichen, les exportateurs suisses ne doivent pas subir de discriminations par rapport à leurs concurrents.

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