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La course aux ETF moins chers bat son plein

Les grands acteurs américains du secteur facturent quelques points de base, au point que des ETF gratuits pourraient arriver sur le marché. Mais probablement pas en Europe

Trois points de base, soit 0,03%: c’est ce que coûteront désormais plusieurs ETF de State Street. Le promoteur américain a annoncé mi-octobre une baisse de 15 de ces fonds de placement cotés en bourse qui répliquent des indices boursiers. Une nouvelle étape dans la guerre généralisée des tarifs des ETF.

L’objectif de la manœuvre est clair: proposer les honoraires les plus bas du marché et lancer un cercle vertueux. La baisse des tarifs attire de nouveaux actifs et accroît la taille des ETF, ce qui permet de compresser encore les honoraires. Pourquoi ce mécanisme fonctionne-t-il? Parce que les investisseurs «réagissent, ils ne se contentent pas de regarder les coûts, ils sont obsédés par les coûts», résume Eric Balchunas, un analyste spécialisé dans les ETF chez Bloomberg Intelligence, cité par l’agence du même nom.

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Marché américain plus mûr

«Les coûts ont déjà baissé, ils baisseront peut-être encore un peu. Mais seuls les produits les plus importants pourraient voir leurs coûts diminuer encore, par exemple les ETF sur les grandes capitalisations américaines ou les actions européennes, voire sur le SMI suisse», explique au Temps Raimund Müller, responsable chez UBS de la distribution des ETF en Suisse et au Lichtenstein.

Les économies d’échelle sont effectivement le nerf de cette guerre des prix. Les ETF dont State Street baisse les coûts sont ainsi des véhicules importants, qui cumulent des actifs sous gestion de 11 milliards de dollars (l’équivalent en francs). Le marché global des ETF est estimé à environ 4000 milliards de dollars, dont 50 à 100 milliards en Suisse, selon les études.

Le fait que le marché américain soit plus mature a d’importantes conséquences en termes de tarifications, poursuit Raimund Müller: «Les Etats-Unis sont en avance sur ce point, mais en Europe aussi la tendance vers une compression des coûts existe. Il faut aussi considérer que les marchés sont organisés de manière différente, avec un seul marché centralisé aux Etats-Unis contre 21 bourses en Europe. Or cette fragmentation fait augmenter les coûts.»

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Risques et frais cachés

Mark Fitzgerald, responsable de la gestion des produits actions chez Vanguard Asset Management, relève pour sa part que les honoraires de gestion ne sont pas le seul coût des ETF: «Il faut également regarder les frais pour entrer et sortir de ces produits, les frais de dépôt, les frais administratifs.»

Le mouvement de compression des honoraires n’est pas sans risque pour l’investisseur final, reprend Raimund Müller, d’UBS: «Il faut également prendre en considération le risque lié au produit. Un ETF low cost qui loue les actions qu’il détient [ce qui permet à d’autres investisseurs de les vendre à découvert, ndlr] affichera un niveau de risque plus élevé et donc un profil de risque/rendement moins attractif.»

Malgré ces réserves, le mouvement actuel de baisse des honoraires de gestion finira-t-il par apporter sur le marché des ETF gratuits? La presse financière anglo-saxonne le prévoit déjà. Les grands ETF «plain vanilla» joueraient alors le rôle de produits d’appel permettant d’attirer une nouvelle clientèle à qui il serait par la suite proposé de découvrir d’autres véhicules moins plain vanilla et surtout moins gratuits.

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La gratuité, une possibilité

Mark Fitzgerald, de Vanguard, n’écarte pas cette possibilité, mais la voit plutôt se concrétiser aux Etats-Unis: «Il est possible que des ETF deviennent gratuits et soient utilisés comme produit d’appel, mais la création et la maintenance de ces produits a toujours un coût. En Europe, par exemple, les règles UCITS s’appliquent à plus de 90% des ETF, qui doivent donc respecter les mêmes principes de gouvernance et de compliance que les fonds de placement UCITS. La directive MIFID II se traduira aussi par des coûts qu’il faut absorber.»

Chez BlackRock, la stratégie semble emprunter une voie différente, explique Reda Zebdi, responsable de la distribution des iShares pour la Suisse romande et le Tessin: «Nous n’avons pas une logique de produit d’appel chez iShares, car notre large gamme repose sur une réplication physique, avec une véritable stratégie de gestion, ce qui nécessite des ressources.»

Produits plus complexes aussi concernés

Qu’elle produise des véhicules gratuits ou peu coûteux, la baisse des frais dans l’industrie des ETF a essentiellement une dimension marketing, conclut Raimund Müller, d’UBS: «Le passage de 5 points de base à 4 ou 3 points de base n’a pas un impact très marqué sur la performance finale, ce qui compte reste l’allocation d’actifs, la stratégie.»

Il n’empêche que la guerre des frais sur les ETF pourrait bien s’élargir encore. Après avoir dans un premier temps concerné les produits simples comme les grandes actions américaines, elle se déplace déjà vers des produits plus complexes. Goldman Sachs a lancé une baisse des coûts de certains de ses produits dits «smart beta», qui utilisent d’autres indicateurs que la simple capitalisation boursière.

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