Face au Covid-19, la pharma s’active sur trois fronts: vaccins, traitements et diagnostics. Les Suisses brillent par leur absence du côté de vaccins mais, sur les deux autres fronts, ils se démarquent.

Novartis a annoncé lundi avoir conclu un accord avec la FDA, l’agence états-unienne des médicaments, pour procéder à des essais cliniques de phase 3 de l’hydroxychloroquine auprès de 440 malades dans 12 hôpitaux. Les doses seront fournies par Sandoz, la filiale du groupe rhénan spécialisée dans les génériques qui s’est engagée en mars à donner 130 millions de doses d’hydroxychloroquine. Cet antipaludéen développé au milieu du XXe siècle est prisé car des études préliminaires ont donné des résultats encourageants. Mais son efficacité n’est pas prouvée.

Novartis teste aussi le Jakavi, un remède indiqué face à des syndromes myéloprolifératifs, sur des patients présentant une complication liée au Covid-19.

Des antiviraux au plasma

D’autres entreprises misent sur d’autres médicaments. Roche s’est lancé en mars dans une étude clinique avancée sur l’Actemra, un immunosuppresseur commercialisé pour des maladies inflammatoires qui pourrait atténuer une réaction du système immunitaire dans des cas graves de Covid-19. Le français Sanofi teste un traitement similaire, le Kevzara, alors qu’un autre remède de Roche, l’Esbriet, promet aussi des résultats.

Le groupe américain Gilead mise sur le remdesivir. Cet antiviral développé pour contrer le virus Ebola, jamais homologué, a donné des signes encourageants en laboratoire. Des antiviraux contre le sida, l’hépatite C ou la grippe sont testés. Ces médicaments peuvent être fabriqués à moindres coûts mais en produire en masse sera complexe, selon le Journal of Virus Eradication. La biotech genevoise Relief Therapeutics a introduit une demande aux Etats-Unis pour une étude de phase 2 sur des patients infectés par le Covid-19 pour son produit expérimental Aviptadil. Des chercheurs espèrent aussi que le plasma riche en anticorps des patients guéris du Covid-19 pourrait aider.

Roche fabrique aussi des machines et des tests de diagnostic. Le groupe bâlois a encore annoncé vendredi le développement d’un test sérologique pour détecter les personnes ayant développé une immunité contre SARS-Cov-2. En mars, Roche a obtenu une autorisation américaine pour un test automatisé, permettant d’analyser jusqu’à 4000 échantillons par jour.

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Comment expliquer l’absence des Suisses sur le front des vaccins? «Les contraintes réglementaires, des aspects sécuritaires plus poussés font que produire un vaccin prend du temps et rapporte moins», relève Patrick Durisch, de l’ONG Public Eye. «Les Suisses ont préféré se concentrer sur des secteurs plus porteurs, comme les cancers ou les maladies chroniques.» Novartis a cédé sa division des vaccins au groupe britannique GSK en 2015.

Quatre entreprises (GSK, Johnson & Johnson, Pfizer et Sanofi) concentrent la majorité du savoir-faire en matière de vaccins, relèveThe Economistqui note cependant que 86 candidats vaccins contre SARS-Cov-2 font l’objet de recherche dans le monde. En Suisse, seul le bâlois Alpha-O Peptides s’active sur ce front, selon nos informations.

Le National Institutes of Health, une institution qui s’occupe de la recherche médicale aux Etats-Unis, a lancé vendredi un partenariat entre des chercheurs fédéraux et 16 sociétés pharmaceutiques, dont Roche et Novartis, pour coordonner et accélérer la lutte contre la pandémie.