Qui sera le premier à trouver le meilleur adjuvant au vaccin tiré de la souche du virus H5N1, ou de son petit frère H9N2? C'est autour de cette question que se développe en ce moment la lutte entre les entreprises pharmaceutiques à la recherche d'un vaccin contre la grippe aviaire.

Crucell, petite société néerlandaise qui a absorbé Berna Biotech en janvier 2006, se lance aussi dans la course. Elle a annoncé mercredi le lancement d'une vaste étude clinique enrôlant 560 adultes. Trois différentes méthodes seront testées en collaboration avec une équipe anglaise basée à Leicester. L'un des produits injectés contiendra un adjuvant à base d'aluminium dénommé «alaun».

Crucell a repris une partie des recherches de Berna Biotech. Entreprise déficitaire dont le profil économique s'apparente à une société en démarrage, elle entre en compétition directe avec de très grands groupes. Ils ont pour noms GlaxoSmithKline (GSK), Sanofi (avec l'Institut Pasteur), Baxter, et Novartis qui vient d'acquérir l'américain Chiron, spécialiste des vaccins.

L'anglais GSK a une longueur d'avance dans le degré de préparation de l'homologation d'un vaccin. Un dossier a été déposé auprès des autorités européennes en décembre 2005 sur la base des premières recherches. Il est régulièrement complété par les résultats des études cliniques en cours. GSK a annoncé fin mars la participation de 800 personnes à des essais de produits dotés d'adjuvants. La première étude se déroule en Allemagne avec une souche virale complétée par un adjuvant à base d'aluminium. Il s'apparente manifestement à celui de Crucell. L'autre essai clinique se situe en Belgique et teste un nouvel adjuvant sur lequel GSK reste très discret. Chiron, de son côté, travaille sur un vaccin doté d'un adjuvant au nom de code MF59, destiné à augmenter la réponse immunitaire.

Les adjuvants jouent un rôle crucial dans la mise au point d'un vaccin contre un virus d'origine aviaire qui se transmettrait d'homme à homme. Les vaccins traditionnels contre la grippe sont fabriqués des mois avant la période hivernale. La lenteur du processus de fabrication et les fortes doses nécessaires en cas de pandémie de grippe aviaire sont les principaux défis à relever. Une première étude américaine a démontré, en 2005, qu'il fallait administrer 10 fois la dose normale pour que se développent, dans 54% des cas, des anticorps contre la grippe aviaire. Il serait donc impossible de produire, en cas de pandémie, en quelques mois, une quantité dix fois supérieure à la moyenne annuelle.

C'est là qu'intervient l'adjuvant. Sanofi, en collaboration avec l'Institut Pasteur, a récemment démontré qu'un adjuvant à base d'aluminium permettait d'obtenir de bons résultats. La dose peut alors être trois fois inférieure. Tous les essais cliniques portent sur un vaccin préventif, destiné, en appoint au produit Tamiflu de Roche, à retarder la progression d'une pandémie. Ils se basent sur le virus animal.

L'apparition prouvée d'un virus mutant transmissible d'homme à homme - des cas suspects ont été déclarés en Indonésie ces derniers jours - déclenchera la chasse scientifique à la découverte d'un «vrai» vaccin contre la grippe aviaire.